La Ligne Bleue poursuit son exploration du Hockey Français à travers les personnages et les institutions. Nous vous proposons une rencontre avec le président des Dragons de Rouen, THIERRY Chaix. L'occasion de mettre l'accent sur une « figure » de notre discipline.
Originaire des Hautes-Alpes, Thierry Chaix, 47 ans, fut d'abord un hockeyeur de haut niveau. Elu meilleur joueur français en 1985, il porta non seulement le maillot de l'équipe de Gap mais aussi de Rouen. L'ancien attaquant international disputa trois Championnats du Monde en 1983, 1985 et 1986. Après avoir remporté à deux reprises la Coupe Magnus avec les Dragons Normands, Thierry Chaix mit un terme à sa carrière de joueur en 1992.
Reconverti en homme d'affaires très avisé, il
racheta les actifs du club de Rouen après avoir créé la société Vert Marine, spécialisée dans la gestion d'équipements sportifs, qu'il dirige en tandem avec l'ancien gardien de but Jean-Pascal
Gleize (photo).
En 1997, il est devenu le président du club de Rouen après le retrait de son prédécesseur, Jean-Claude Ducable. L'ex-international prit alors la direction du club normand en collaboration, dans un premier temps, avec Olivier Lesieur. Mais à la suite du décès de ce dernier en 2002, Thierry Chaix fut contraint de prendre seul les commandes de ce club phare du hockey français.
Restant résolument fidèle à sa région d'adoption, et traversant sans faillir les fortes turbulences que connut momentanément son club, Thierry Chaix a réussi le tour de force de remporter quatre autres titres de champion de France avec Rouen tout en continuant à faire prospérer également son entreprise.
Ce dernier se trouve, à ce jour, à la tête d'une société très dynamique qui emploie plus de 1000 personnes et qui gère pas moins de 55 équipements sportifs (dont 8 patinoires) générant un chiffre d'affaire de 65 millions d'euros.
Appliquant au club de Rouen les méthodes de management qui lui ont permis de réussir une reconversion professionnelle exemplaire, Thierry Chaix a donc un avis forcément intéressant sur la gestion d'un club de haut niveau.
Quand on se penche sur votre parcours depuis votre retraite sportive il y a dix-sept ans, il est évident que vous avez gardé un grand attachement au hockey sur glace.
T.C. : C'est vrai. Pourtant, quand j'ai arrêté de jouer, je ne me suis pas préoccupé dans un premier temps du hockey d'autant que je n'avais pas d'enfant qui pratiquait ce sport. Et puis, les circonstances ont fait que je suis devenu président du club de Rouen. Je ne pouvais quand même pas refuser de donner un coup de main à mon équipe. Depuis douze ans que je suis le président de Rouen, nous avons remporté de nombreux titres sans déposer le bilan, ça c'est ma grande fierté ! J'ai vu passer plein de monde dans le hockey français et moi je tiens toujours la barre parce que, quand je fais quelque chose, j'aime bien réussir.
Le club de Rouen est incontestablement très innovant en termes de marketing. Un site web performant, une vente en boutique, des démarches auprès des comités d'entreprises, diverses opérations de promotion. Bref, on sent votre marque de fabrique. Quelle est votre vision du management d'un club ?
T.C. : Quand on a un budget qui avoisine les 2
millions d'euros, on doit gérer le club comme une véritable entreprise et faire rentrer des recettes. J'ai une chance extraordinaire d'avoir à mes côtés un gars comme Guy Fournier qui est le
manager général. C'est lui qui est à l'origine de certaines opérations lancées par notre club. En fait, c'est un travail d'équipe, mais je me repose essentiellement sur lui. Moi, je suis là surtout
pour faire profiter le club de Rouen de mon expérience de chef d'entreprise. J'ai des réflexes qui empêchent parfois de commettre certaines erreurs. Je suis rouennais mais si nous y sommes arrivés,
concernant la progression de notre club, c'est sans faire de politique, à force de travail constant sur le terrain. J'essaye à mon niveau de prouver à nos nombreux interlocuteurs que notre club de
hockey a le meilleur produit sportif de la ville devant le basket et le football. Le hockey sur glace est devenu une activité culturelle chez nous. Un récent sondage a démontré que le RHE 76 est
connu par 97 % de la population ! C'est notre grande victoire. Ma vision du management c'est ça, labourer sans cesse le terrain pour que hockey reste bien ancré dans la vie locale.
Vous avez donné une chance à beaucoup de hockeyeurs de se reconvertir au sein de votre propre entreprise. On peut citer Arnaud Briand, Lionel Orsolini, Franck Saunier, Alan
Carriou ou encore Eric Pinard. Est-ce une volonté délibérée de votre part ?
T.C. : Le hockey sur glace est ma culture. Si je peux rendre service à des joueurs dont je connais bien le parcours sportif, je le fais volontiers. Mais ce n'est pas pour autant que je suis faible ou plus cool avec eux, bien au contraire.... Il faut d'abord qu'ils fassent leur preuve. La société Vert Marine n'est pas un bureau social et je ne suis pas philanthrope ! Nous exigeons du sérieux dans le travail même si ça nous arrive quand même de parler parfois de hockey entre nous. Avoir d'anciens hockeyeurs dans le business, je pense que c'est un plus pour dynamiser une entreprise. Le sport est un moyen d'éducation, j'en suis persuadé et leur dynamisme apporte un complément non négligeable.
Vous qui êtes un acteur du hockey depuis tant d'années, comment jugez-vous l'évolution de ce sport en France, notamment du haut niveau ?
T.C. : A mon avis le niveau est devenu assez impressionnant. Hier, j'ai vu un match de benjamins Rouen-Tours et je suis resté pantois. Les gamins faisaient des entrées de zone et des power-play comme les grands ! Je trouve que de manière générale le niveau du hockey français est le plus élevé qu'on ait jamais vu. Les équipes sont mieux préparées, le système de jeu plus élaboré et nos hockeyeurs ne jouent plus n'importe comment. J'invite les gens à revoir des cassettes des matches de championnat disputés il y a une dizaine d'années. On a l'impression d'être sur pause ! De plus, aujourd'hui, le meilleur renfort étranger ne fait plus la différence à lui tout seul comme avant. Désormais, on n'est jamais certain de gagner un match. Les anciens joueurs nostalgiques qui disent qu'à leur époque c'était mieux me font sourire doucement, alors que certains n'arrivaient même pas à pivoter sur les deux côtés !
Quelle est votre vision plus large du hockey sur glace au niveau européen ? Quelle place peut prétendre avoir le hockey français ?
T.C. : En Europe, concernant nos voisins frontaliers,
mis à part la Suisse et l'Allemagne qui sont bien organisés, les championnats nationaux de hockey sont encore d'un niveau inférieur. Je pense notamment à l'Angleterre ou à l'Italie. Il n'est donc
pas à exclure d'envisager à moyen terme la création d'un championnat européen regroupant toutes ces nations où la culture du hockey est moins forte. Quant à l'équipe de France, c'est finalement une
chance que certains de ses titulaires puissent évoluer dans différents championnats étrangers car cela permet de monter encore leur niveau de jeu. Et puis, quand un hockeyeur français est recruté
comme renfort étranger en Suède, en Finlande, en Allemagne ou en Suisse, cela prouve quand même la valeur de nos joueurs. Il ne faut pas oublier que nos hockeyeurs étaient considérés comme des
joueurs de seconde zone à l'étranger il y a encore dix ans.