La table ronde de l'arbitrage initiée à l'Assemblée Générale de Valence en juin s'est ouverte en septembre à Levallois Perret avec un agenda qui va nous amener jusqu'à la prochaine AG pour des décisions qui feront date. Parmi ceux qui participent activement à ces échanges, la Ligne Bleue vous propose de découvrir Fabrice Hurth qui conduira des travaux liés au coût de l'arbitrage.
Originaire de Montgenèvre dans les Hautes-Alpes, Fabrice Hurth, 43 ans, fut un hockeyeur de haut niveau avant de se reconvertir dans l'arbitrage. L'ancien attaquant numéro 16 joua en effet dans la Ligue élite avec les Diables Rouges de Briançon, puis avec les Brûleurs de Loups de Grenoble, avant de devenir le président du hockey mineur du club de l'Isère.
Après avoir été le directeur de l'office de tourisme de Briançon, d'Uriage-les-Bains et de Chamrousse, il occupe à présent le poste de directeur du développement des remontées mécaniques de la station.
Son activité professionnelle intense ne l'empêche pas de continuer à oeuvrer très efficacement dans le hockey sur glace français puisqu'il officie également comme arbitre principal dans la Division 1 et dans le championnat Espoirs élite.
Vous qui avez été un joueur de bon niveau, pourquoi avez-vous choisi de devenir arbitre à la fin de votre carrière ?
F.H. : Pour deux raisons principales : d'abord pour rester dans le milieu du hockey que j'aime. Il est difficile de sortir d'un milieu qui a bercé toute votre jeunesse ! Ensuite pour rendre à ce sport, qui reste ma passion, tout ce qu'il m'a apporté. Même si je ne me sens pas redevable, j'estime avoir une dette de cœur envers ma discipline favorite.
Quelle est votre perception des choses maintenant que vous êtes passé de l'autre côté de la barrière ?
F.H. : Je me rends compte qu'il existe une grande méconnaissance des règles, non seulement parmi les joueurs, mais aussi parmi les dirigeants qui les encadrent. Moi-même, je me suis aperçu que, même s'il on est en activité depuis un certain temps, il est nécesssaire de garder un oeil sur l'actualisation des règles. Je trouve dommage qu'il y ait une certaine méconnaissance de celles-ci car du coup, cela occasionne des divergences. Si tout le monde était mieux informé, il y aurait moins d'interprétations et de discussions. Aujourd'hui, je serais curieux de faire un test de connaissances parmi les joueurs et les coaches... Ceci dit, il y a quand même une nette différence entre le haut niveau de la Ligue Magnus et les divisions inférieures où la contestation est plus systématique. Le phénomène est bien connu, on compense toujours les carences techniques en accusant l'arbitrage. Je pense qu'il faut se montrer plus indulgent envers les arbitres et rester plus neutre au lieu de les critiquer sans arrêt car cela ne fait pas avancer les choses.
Comment jugez-vous l'évolution de l'arbitrage dans le hockey sur glace français ?
F.H. : Il a bien été obligé de s'adapter, autant que faire se peut, au niveau qui progresse doucement. Ce n'est pas toujours facile car, à mon avis, on manque cruellement d'encadrement en France dans ce domaine. Depuis des années, nous demandons d'avoir des superviseurs et des formateurs qui puissent corriger les arbitres afin de les faire progresser dans leur tâche, qui n'est pas facile. Pour l'instant, ce suivi se fait de manière beaucoup trop sporadique et les stages d'arbitres servent uniquement à effectuer des tests et à se tenir informé des nouvelles règles.
On sent bien que votre rôle actuel d'arbitre, comme celui de joueur dans le passé, vous tiens beaucoup à cœur.
F.H. : Oui, je suis passionné par tout ce qui concerne le hockey sur glace car ce sport, c'est quand même la moitié de ma vie ! Au moment où vous m'avez contacté pour réaliser cette interview, j'étais justement en train de regarder un match de hockey ! Ce qui m'intéresse, c'est de participer et de vivre le hockey de l'intérieur. Actuellement je m'investis pleinement comme arbitre et si demain il est nécessaire de faire plus, alors je répondrai présent.
En tant qu'arbitre, peut-on rester facilement neutre sur la glace lorsqu'on a été également joueur et que l'on dirige parfois ses anciens coéquipiers ou ses anciens clubs ?
F.H. : Aujourd'hui oui car j'ai plus de recul. Mais c'est vrai qu'à une époque, c'était plus difficile de rester neutre car il y avait de l'affectif qui entrait en jeu, notamment par rapport à Briançon et à Grenoble car ce sont des clubs qui ont beaucoup compté pour moi. A l'inverse, j'avais également des a priori parfois négatifs envers des équipes qui avaient été mes adversaires. Fort heureusement, ces sentiments se sont estompés même s'il m'arrive d'arbitrer encore des anciens coéquipiers ou adversaires qui sont toujours en activité. Il faut savoir rester impartial et faire la part des choses.
Que cherchez-vous à faire passer comme message depuis que vous arbitrez ?
F.H. : Je n'ai aucun message à transmettre. Je me borne simplement à appliquer au mieux mes connaissances et, croyez-moi, c'est déjà du boulot ! Comme dans tous les sports, l'arbitre est nécessaire pour réguler le jeu. Ce n'est pas le rôle de l'arbitre d'être aux avant-postes. Au contraire, il doit rester le plus en retrait possible. Il ne faut jamais perdre de vue que ce n'est pas nous qui faisons le match mais les joueurs. En théorie, on ne devrait même pas voir l'arbitre, il devrait être « transparent ». Ce n'est pas l'acteur principal mais juste un figurant. La modestie doit être la qualité principale d'un arbitre.
Que pensez-vous des actions qui sont menées actuellement au sein de la FFHG pour essayer d'améliorer l'arbitrage ?
F.H. : Si j'ai tenu à participer récemment à la table ronde organisée à Paris, c'est parce que je trouve que cette initiative va dans le bon sens. Cela prouve aussi que tout le monde est bien conscient qu'il y a un problème dans l'arbitrage du hockey français et qu'il faut essayer de le résoudre en tenant compte de tous les avis. On ne répètera jamais assez que l'arbitre est aussi nécessaire dans un match que la patinoire, les joueurs, le palet, les crosses ou les cages. Se désintéresser du rôle de l'arbitre, ne pas se préoccuper de sa formation ou l'accuser de tous les maux, c'est aller à l'encontre de la progression de notre sport.