L'idée de créer un centre national dédié entièrement au
hockey sur glace était dans les esprits des futurs dirigeants de la FFHG avant même sa création officielle en 2006. Toutefois, le projet d'une patinoire dite « fédérale » n'est pas inédit puisqu'il
avait déjà été lancé voici presque un demi-siècle. En effet, lorsque l'ancien Vel'd'Hiv ferma ses portes en 1951, juste après avoir été le théâtre des Championnats du monde de hockey organisés à
Paris (photo), Jacques Lacarrière, le président du Comité national de hockey, et son ami Georges Guérard, le président de la fédération de tutelle (des sports de glace), lancèrent ensemble le
projet de la construction d'une patinoire qui devait appartenir à leur fédération. L'ancien défenseur international et son ami se mirent donc immédiatement à l'ouvrage. Leur choix se porta
rapidement sur la ville de Boulogne-Billancourt dans la proche banlieue de Paris.
Si Jacques Lacarrière voulut s'investir autant dans ce projet, c'était d'abord par passion pour le hockey sur glace dont il était un des grands acteurs. Les similitudes avec la construction du nouveau Centre National qui va voir le jour prochainement dans la ville du Val-d'Oise sont certes réelles mais il existe tout de même un certain nombre de différences. Car si pour le président Luc Tardif et les membres de son Comité Directeur, la motivation de départ est la même, les finalités des deux projets ne se juxtaposent pas entièrement. Tout comme d'ailleurs les moyens techniques qui ont évolué depuis. En effet, à l'époque du mandat de Jacques Lacarrière le système de production de froid n'était évidemment pas le même. Les congélateurs et les frigos domestiques n'existaient pas encore. Les glacières industrielles fabriquaient des pains de glace qui servaient ensuite de moyen de conservation pour l'alimentation. Ces blocs de glace étaient donc vendus au public en été. Les dirigeants de la FFSG reprirent cette idée de production de froid et ils se dirent qu'il était dommage que ces usines tournent à vide pendant l'hiver. Du coup, Jacques Lacarrière et son ami Georges Guérard, sont allés voir les responsables des Glacières de Paris et ils leur posèrent une question assez surprenante au premier abord, à savoir s'ils étaient d'accord de vendre aussi de la glace en hiver !
C'est ainsi que fut construit le premier centre fédéral en 1955. L'intérêt de faire sortir de terre un tel complexe était évident pour les deux parties. Cette patinoire dite « fédérale » fut localisée à Boulogne-Billancourt pour la simple raison que c'est dans cette ville proche de la capitale que se trouvait le siège des Glacières de Paris. Les dirigeants de la Fédération française des sports de glace, qui avaient une certaine ingéniosité, suggérèrent à leurs interlocuteurs de construire une canalisation souterraine qui partait de l'immeuble des Glacières de Paris jusqu'à l'emplacement de la patinoire que l'on décida d'implanter juste sur le trottoir opposé au numéro 1 de la rue de Victor Griffuelhes afin d'acheminer le froid servant à former la glace de la nouvelle piste. C'est ainsi que le 21 décembre 1955 la « Fédérale » de Boulogne-Billancourt fut inaugurée ce qui permit à de nombreux clubs de hockey sur glace de la région parisienne, qui étaient en manque cruel de patinoire, de trouver enfin un toit et de se relayer dans la semaine pour exercer leurs activités. Ces clubs avaient pour noms : ACBB, US Métro, Club des sports de glace de Paris, Paris hockey club ou encore Club de la police (ASPP).
Si la patinoire fédérale de Boulogne
(photo) réserva une place de choix au hockey, la piste de glace des Hauts-de-Seine servit aussi de base d'entraînement à plusieurs clubs de patinage artistique. Sous la direction de
l'entraîneur légendaire Jacqueline Vaudecrane, de très célèbres patineurs utilisèrent cette patinoire afin de préparer leurs diverses compétitions nationales et internationales. Ce fut le cas
notamment du champion du monde Alain Calmat, futur ministre des sports, mais aussi de l'autre champion du monde français, Alain Giletti, tout comme du futur président de la FFSG Didier Gailhaguet
ou encore de Robert Dureville qui deviendra par la suite DTN de la FFSG puis de la Fédération de ski. Un club de patinage de vitesse avait également élu domicile dans la « Fédérale » sous la
direction du champion d'Europe André Kouprianov. Si le futur Centre National de Cergy accueillera sans doute plusieurs disciplines de glace, ce sera en revanche essentiellement le fief du club de
hockey local des Jokers de Cergy-Pontoise ainsi que des différents collectifs "France".
La différence la plus grande entre la « Fédérale » de Boulogne et le futur Centre National de Cergy-Pontoise réside dans son environnement. Car si la patinoire de Billancourt fut implantée en plein milieu urbain pour les raisons techniques que nécessitaient les contraintes techniques de l'époque, celle qui sera construite prochainement dans l'agglomération de Cergy-Pontoise s'inscrira dans le cadre d'un aménagement plus vaste d'un site dévolu presque entièrement au sport. En effet l'inauguration du stade Salif Keita (quatre terrains de football synthétiques) en présence de la légende malienne, s'est déroulée récemment avant que sorte de terre le futur siège de la Ligue de tennis du Val-d'Oise. Quant au Centre National du hockey sur glace, il sera implanté à Saint-Christophe sur une parcelle de 3,2 hectares mise à disposition par l'agglomération de Cergy-Pontoise. Ces équipements techniques ultramodernes seront toutefois adossés à une grande surface commerciale mais à vocation sportive et s'intégreront dans un tissu universitaire, hôtelier et médical également dédié au sport. Comme on le voit, contrairement à l'ancienne patinoire « Fédérale » qui était un bâtiment un peu isolé en milieu urbain, le futur centre national du hockey sur glace cohabitera donc en toute harmonie avec plusieurs complexes dédiés également à la pratique sportive.
La dernière différence entre les deux projets qui ont été lancés à un demi-siècle d'intervalle se trouve dans le financement de la construction de l'édifice. En effet, en 1955 le financement
fut, en grande partie, privé. Le célèbre mécène du hockey de l'époque, Philippe Potin, qui voulait monter une grande équipe à Paris (l'ACBB, ci-contre en photo, remportera la Coupe Spengler
à 3 reprises) n'hésita pas à mettre la main à la poche
et
il fut le principal bailleur de fonds même si la ville de Boulogne-Billancourt participa aussi pour une part plus modeste à la réalisation du projet en cédant notamment le terrain. Dans le cas du
futur centre national de Cergy-Pontoise, il s'agit en revanche d'une opération pilotée par les diverses institutions publiques puisque l'enveloppe de 20 Millions d'euros, qui a été provisionnée,
est partagée entre la Région, le Conseil Général, la Communauté d'Agglomération, le Centre National pour le Développement du Sport (CNDS) et enfin la Fédération Française de Hockey sur Glace.