Agents Sportifs

stéphane baills / jonathan zwikel

 

La FFHG est, comme toutes les fédérations, soumise aux textes qui régissent les activités des agents sportifs sur le territoire national, articles R. 222-1 à R. 222-19 du code du Sport.

A travers une commission dirigée par Arnaud Briand, ancien international et membre du Comité Directeur de la FFHG, elle a donc organisé le concours exigé par les textes et admis au titre d'agents sportifs FFHG deux candidats.

Stéphane Baills et Jonathan Zwikel sont les premiers à exercer dans ce cadre en France. La Ligne Bleue leur pose les questions qui aideront à mieux situer leur rôle.

 

 

Bonjour Messieurs, vous vous êtes inscrits au concours d'agents sportifs organisé par la FFHG et vous avez réussi l'épreuve. Quelles étaient vos motivations en vous y inscrivant ?

S.B. : J'ai tout simplement saisi l'occasion qui se présentait pour me réinvestir dans le hockey au travers d'une activité qui privilégie les relations humaines. Avec « Le journal du hockey » j'ai eu l'occasion d'être intermédiaire entre des joueurs et des clubs, l'expérience m'avait plu, j'ai voulu approfondir.

J.Z. : Lorsque l'appel à candidature est paru, j'y ai vu un moyen de poursuivre mon engagement dans le hockey. C'est l'opportunité d'une démarche individuelle que mon vécu de « presque » ancien joueur rend plus riche et qui pourra servir aux jeunes pour structurer leurs parcours.

 

 

Les textes qui encadrent l'exercice d'agents sportifs sont précis. Pouvez-vous nous rappeler dans quel cadre vous intervenez ?   

S.B. : La législation (code du sport) et le règlement des agents sportifs sont orientés vers la protection du joueur. L'agent a non seulement une commission limitée (10% maximum des revenus fixes bruts), mais encore celle-ci doit tenir compte des sommes perçues par le joueur. Il existe toute une jurisprudence à ce sujet.

J.Z. : Le concours a fait une large place aux codes du sport, du travail et à la législation sur les contrats. C'est dans ce domaine que nous intervenons à travers un « mandat » qui nous est donné, soit par le joueur, soit par le club. Notre rémunération est limitée et il nous est interdit de contracter avec des mineurs directement.

 

 

Les agents interviennent tout autant auprès des joueurs qui recherchent un club qu'auprès des clubs à la recherche d'un profil de joueur. Comment appréhendez-vous ce double rôle ?

S.B. : Les textes disent qu'il ne peut y avoir de double mandat pour éviter les conflits d'intérêt. Dans un contrat, soit l'agent représente le joueur ou l'entraîneur, soit le club, mais pas les deux. A ce titre, soit je suis mandaté par le joueur et je cherche le meilleur pour lui, soit par le club et je cherche le meilleur pour lui. Sachant que notre intérêt à tous est qu'il n'y ait que des gagnants. Pour ma part, je me positionne aujourd'hui côté joueurs tout en faisant circuler l'information auprès des clubs et entraîneurs.  

J.Z. : Entre joueur et club, je me vois comme un « trait d'union ». Pour que la collaboration soit une réussite, il faut un rapport gagnant - gagnant. C'est ce que je m'attache à trouver, la satisfaction mutuelle de tous, joueur + agent, club + agent.

 

 

Vous intervenez dans un contexte frappé de la libre circulation européenne, les échanges internationaux instantanés. Les relations à des réseaux d'agents étrangers sont ils nécessaires ?

S.B. : Nécessaires, importants, voire indispensables. Il faut développer les filières, les réseaux pour éviter à tous les joueurs, d'où qu'ils soient, les galères. De même, de nombreux agents étrangers ont opéré en France, beaucoup ont fait du bon travail. Une collaboration peut s'instaurer dans l'optique d'optimiser la venue de joueurs étrangers et aussi permettre aux joueurs français de mieux voyager. Les agents sont maintenant incontournables dans tous les sports, autant participer aux réseaux et aux filières.

J.Z. : J'ai choisi d'être partenaire d'un groupe international. En effet, les clubs français ont besoin de joueurs étrangers et les joueurs français peuvent aussi avoir besoin d'un engagement à l'étranger. Mon rôle est de trouver aux uns et aux autres, un joueur ou un club de qualité. De plus, les jeunes joueurs français peuvent gagner à s'exporter, autant le faire dans un contexte maîtrisé.

 

 

Votre rôle s'arrête t il à la négociation d'un montant pour un contrat de travail ou jouerez vous un rôle de conseil vis-à-vis des joueurs et des clubs sur l'environnement santé, conditions d'hébergement, ou autre cadre de vie ?

S.B. : Je ne suis pas un placier. Pour moi, le joueur doit être mis dans les meilleures conditions pour "performer". L'environnement sportif et extra-sportif, la logistique, sont essentiels pour aider le joueur à optimiser son parcours sportif. Mon rôle est de veiller à ce que toutes les conditions, et pas seulement contractuelles, soient réunies pour libérer le club et le joueur de tous conflits potentiels.

J.Z. : Je n'aurais pas présenté ce concours s'il avait été question de simplement négocier un montant à un contrat. Vis-à-vis du joueur, mon travail se décline en 4 segments : L'aspect contractuel ; La stratégie sportive (carrière) ; La préparation physique (conseils et suivi) ; L'extra-hockey (la reconversion).

 

 

Beaucoup de joueurs français n'ont pas l'opportunité d'être représentés par des agents. Pensez-vous leur apporter une réponse plus adaptée à leur recherche de clubs, en France et à l'étranger ?

S.B. : D'abord, il faut dire qu'être sous contrat avec un agent n'est pas une obligation... Le joueur peut gérer seul sa relation avec le club, rien ne l'en empêche, tout comme le club peut gérer seul sa relation avec le joueur. Ceci dit, l'agent va devenir peu à peu incontournable pour les clubs et les joueurs ou entraîneurs, car la réglementation sportive est complexe et les droits de tous doivent être respectés. L'agent a donc sa place et un rôle à jouer dans le hockey français.

J.Z. : Oui. Pour un agent étranger, il est difficile de promouvoir un joueur français, dont il connaît mal le championnat, la culture, le réel niveau. J'ai cette connaissance du joueur et de son contexte, grâce à mes contacts, je suis plus à même de l'aider dans sa recherche d'un club étranger. Il y a aussi la facilité du langage. De même, le joueur français n'a pas toujours une vision globale des clubs français, de leurs attentes, c'est mon rôle de l'aider à s'y retrouver.

 

 

Les joueurs amateurs ne bénéficient pas de contrat de travail et cumulent souvent acticités sportives et professionnelles. Estimez-vous qu'ils relèvent de votre compétence ?

S.B. : Rien n'empêche de « conseiller » un joueur amateur. Techniquement, ce n'est plus alors un « mandat d'agent » classique, mais une activité de « conseil ». Dans ce cas là, par contre, je n'interviens pas directement auprès du club, si ce n'est de faire passer l'info au sujet du joueur.

J.Z. : Oui. Il faut démystifier le rôle de l'agent, qui a aussi un rôle de régulateur, de facilitateur. Je travaille pour mon sport, à mon niveau et pas pour gagner le plus d'argent possible. Le joueur français amateur a aussi besoin de conseils, l'agent peut parfaitement intervenir pour l'aider à trouver un club.

 

 

L'accompagnement des jeunes joueurs pour leurs carrières dans l'hexagone ou en dehors vous paraît-il être un champ d'intervention possible ?

S.B. : Le jeune joueur doit comprendre qu'il y a des étapes dans un parcours sportif, que ce soit en France ou à l'étranger. L'agent va jouer un rôle, là aussi de conseil, avisé et lucide, qui intégrera la notion de moyen et long termes. Par exemple, s'imposer chez soi avant de prendre le chemin de l'étranger, ne pas confondre le départ à l'étranger pour vivre une expérience personnelle avec une étape de son parcours professionnel.

J.Z. : Pour ma part, c'est prioritaire. Il y a un réel besoin à ce niveau. Les parents des jeunes sont souvent angoissés à l'idée de voir leurs enfants livrés à eux-mêmes pour leur itinéraire sportif. La relation de confiance qui s'instaure avec l'agent soulage les parents et permet d'envisager le parcours de leurs fils avec plus de sérénité.