Angers, la "Force Tranquille"

MICHAEL JURET

 

Michael Juret est à la tête du club d'Angers depuis maintenant quatre ans. C'est un jeune Président (36 ans) comblé sur le plan sportif puisque les Ducs angevins ont opposé cette saison une résistance farouche aux Dragons de Rouen lors de la série finale de la Ligue Magnus. En remportant contre toute attente les deux premiers matches de la série, le club de Maine-et-Loire a prouvé sa nette progression dans le championnat de France. Une bonne raison pour la Ligne Bleue de donner un coup de projecteur sur un club et un dirigeant encore souvent trop méconnus.

 

 

Peu de gens dans le hockey se souviennent que vous êtes dans le club d'Angers depuis déjà de très nombreuses années et que vous avez aussi un passé sportif très riche avant votre accession à la présidence des Ducs.

M.J. : En effet, je suis très attaché au club d'Angers puisque je suis licencié à l'ASGA depuis sa création en 1984 ! J'ai fait partie des premiers gamins qui se sont inscrits au club à cette époque et j'ai joué par la suite en Division 3. J'ai même eu la chance de participer une fois à un camp d'entraînement avec les pros avant de me consacrer surtout à l'arbitrage au niveau national. Avant de devenir Président, j'ai arbitré plusieurs finales de la Ligue Magnus et notamment celle de 2001 qui opposait Anglet et Rouen où j'ai assisté pour la première fois à la remise effective de la Coupe sur la glace.

 

 

Fort de votre longue expérience, comment avez-vous vécu l'ascension du club d'Angers ?

M.J. : Angers est un club qui a eu la chance de ne jamais connaître de gros problèmes financiers. Chez nous, il n'y a jamais eu de relégation administrative ni de dépôt de bilan. Du coup, les Ducs se sont inscrit durablement dans l'élite puisqu'on dispute ce championnat depuis maintenant 17 ans. Avouez que c'est un sacré bail ! Pourtant, on ne fait pas beaucoup de bruit à l'image de notre ville. Le club d'Angers, c'est un peu « la force tranquille » pour reprendre une expression célèbre. Notre ancien Président, Joël Franco, a fait un énorme boulot avant moi. C'est sous sa direction que le club est monté dans l'élite.

 

Le club d'Angers, c'est peut-être la « force tranquille » mais avec des résultats de plus en plus probants.

M.J. : C'est vrai. Quand j'ai pris la tête du club, j'ai fait un pari fou qui consistait à faire d'Angers une nouvelle place forte du hockey français à l'image de Rouen, Grenoble ou Amiens. Nous nous sommes donc inspirés de ces grands clubs pour mieux nous structurer et gravir petit à petit les échelons. Pas seulement avec nos seniors, mais également avec nos petites catégories puisque, par exemple, avec nos minimes nous terminons régulièrement dans les cinq premiers, idem avec nos cadets. Je crois donc que notre pari est en passe d'être réussi. Il faut savoir que lorsque j'ai pris la présidence, le club d'Angers avait 30 000 euros de partenariats privés. Or, cette saison, nous totalisons 350 000 euros grâce notamment à notre sponsor historique, le fabriquant de camions Scania, mais aussi grâce au cabinet d'assurances Foch Courtage et mon entreprise de construction de maisons individuelles Pierre de Loire. Ce sont trois partenaires qui nous soutiennent énormément.

 

Sur le plan local, quel engouement suscite votre club de hockey sur glace ?

M.J. : Il est certain que notre présence dans la série finale et nos deux premières victoires ont provoqué un regain d'intérêt. Mais depuis que nous avons obtenu de bons résultats notre patinoire est pleine à chaque match et on refuse du monde d'autant qu'elle ne peut contenir que 1197 spectateurs. C'est malheureusement un peu court. Pendant la série finale, on aurait pu vendre entre 8000 et 10 000 billets ! Notre patinoire a presque trente ans et nous travaillons donc avec la mairie pour trouver une solution. La municipalité nous a déjà autorisé à ajouter des loges supplémentaires ce qui nous fera gagner une centaine de places la saison prochaine.

Compte tenu de notre beau parcours chaque semaine la chaîne de télévision locale Angers 7 nous consacre un magazine. De plus, nos deux journaux locaux, le Courrier de l'Ouest et Ouest-France couvrent aussi le hockey assez largement car, après le football, c'est le sport le plus populaire dans notre région. Les politiques aussi nous suivent puisque après la série finale contre Rouen, nous avons reçu des messages de soutien de diverses personnalités de la mairie, du conseil général et du conseil régional. J'ai reçu aussi un message, écrit à la main, de la Ministre de la Santé et des Sports Roselyne Bachelot car elle est angevine. Elle nous a fait savoir qu'elle était derrière notre équipe de hockey.

 

Jonathan Bellemare lors de la finale de la Ligue Magnus 2010

 

Après votre très honorable parcours de cette saison, quels sont vos ambitions pour le prochain championnat ?

M.J. : Le fait d'être passé si près du titre nous donne bien sûr envie de gagner la Coupe Magnus la prochaine fois. Mais c'est une autre histoire... Notre objectif, c'est aussi de placer nos jeunes équipes dans les différentes finales nationales. C'est pour cette raison que nous continuons à renforcer nos structures et notre encadrement. C'est ainsi que la saison prochaine le club d'Angers aura à sa disposition six entraîneurs ayant un brevet d'état. Le Finlandais Heikki Leime et le Canadien Martin Lacroix ne s'occuperont que de l'équipe senior. Dans les autres catégories nous utiliserons notamment le savoir faire de deux anciens joueurs du club, François Ferrari et Greg Girardo. Et puis, surtout, la grande nouveauté, c'est l'arrivée du canadien Alain Vogin qui fut l'entraîneur de Rouen, et qui sera désormais le directeur sportif du club. Comme vous le voyez, on continue notre structuration dans une logique de progression constante.