Philippe Lacarrière est le Président de la Commission de l'Arbitrage et des Règles de Jeu (CARJ) au sein de la FFHG depuis sa création en 2006.
L'ancien hockeyeur tricolore aujourd'hui membre du Comité Directeur de la FFHG, qui collabore également sur le plan international avec l'IIHF, connaît bien la problématique des arbitres. Il dresse pour la Ligne Bleue un premier bilan des quatre saisons qui viennent de s'écouler.
Quel est votre sentiment sur l'évolution de l'arbitrage à l'issue de ce premier mandat de quatre ans ?
P.L. : Dès la création de la FFHG en 2006, l'arbitrage a fait immédiatement partie des chantiers importants que les membres du Comité Directeur voulaient ouvrir. C'est pour cette raison qu'il a été décidé de créer cette commission de l'arbitrage. Il faut se rappeler qu'avant cette date, la situation n'était pas toujours simple à cause d'un nombre important d'influences extérieures ce qui avait provoqué un isolement des arbitres. Pour se protéger, ils avaient créé une sorte d'état dans l'état dont l'ancienne LNAF en fut un exemple. Par la force des choses, nos arbitres évoluaient un peu en marge.
Avec la nouvelle FFHG, et malgré des débuts difficiles, les arbitres ont peu à peu rejoint la famille et ils ont été mieux intégrés dans le cadre fédéral. Le climat s'est incontestablement amélioré avec notamment des décisions prises collégialement. Il y a eu une prise de conscience générale qu'il fallait aider l'arbitrage et défendre les arbitres. Qu'il fallait les accompagner dans leur évolution d'autant qu'ils officient dans un climat souvent passionnel qui n'est pas toujours facile à gérer. Vous savez bien qu'on leur fait souvent "porter le chapeau". La FFHG a donc décidé de soutenir les arbitres en défendant leur cause et leur rôle qui est prépondérant. Cela n'a pas empêché un recadrage de leur position au sein du hockey français car nous voulions un échange de bon procédé avec une réciprocité. Cette véritable intégration de l'arbitrage est, à mon sens, le point le plus positif de ce mandat de quatre ans qui s'achève.
L'arbitrage ayant plusieurs entités au sein de la FFHG, comment tout cela fonctionne-t-il ?
P.L. : Il y a d'abord la CARJ qui gère l'arbitrage du hockey français d'une façon globale. Puis il y a la Direction Technique de l'Arbitrage (DTA) dont certains membres font également partie de la CARJ. C'est la DTA, présidée par Jean-Christophe Benoist, qui s'occupe de l'organisation de la formation, des désignations, etc... Notre arbitrage est donc en quelque sorte une fusée à deux étages. La force de la DTA vient du fait qu'elle possède en son sein d'anciens arbitres internationaux comme Eric Malletroit, Alain Vignais, Roy de Tao ou encore Frédéric Bachelet, sans oublier Jean-Christophe Benoist lui même. La DTA a donc une compétence technique incontestable. N'oublions pas aussi qu'au niveau des COS, il existe des Commissions Régionales d'Arbitrages (CRA).
Sur le plan sportif, comment jugez-vous l'évolution du niveau de nos arbitres ?
P.L. : Compte tenu des moyens financiers et
humains, je la considère comme plutôt bonne même s'il reste encore des lacunes qui font parfois débat. Même au niveau des clubs, il me semble qu'il y a une prise de conscience de la
problématique de l'arbitrage et une meilleure approche. Quoi qu'il en soit, la FFHG a prouvé sa volonté d'avancer dans ce domaine en organisant une table ronde de l'arbitrage qui est, comme
son nom l'indique, un « projet partagé ». Cette initiative permet à tous de s'exprimer, de faire part des critiques et de nous donner des suggestions. Par ailleurs, nous venons de
demander officiellement à l'arbitre Fabrice Hurth de continuer à accompagner cette démarche et de faire avancer ce dossier.
A terme, cela débouchera sur une synthèse qui prendra en compte tous les arguments afin d'améliorer l'arbitrage du hockey sur glace français, que ce soit au niveau du recrutement, de la formation, de la supervision ou de la rémunération.
Ceci dit, il faut quand même souligner qu'au niveau international nous avons de très bons arbitres, comme Eric Bougin qui est juge de lignes dans un Mondial A pour la deuxième année d'affilée ou comme Anne-Sophie Bonniface qui a arbitré la finale féminine des J.O. de 2006 et aussi la finale du Mondial féminin de 2009.
Lors de vos deux mandats au sein de l'IIHF, de 1994 à 2003, vous étiez le chairman de la commission des arbitres. Pouvez-vous nous dire où en est l'arbitrage à quatre en France ?
P.L. : Dans notre hockey mineur, l'arbitrage se fait toujours avec deux arbitres. Dans les catégories supérieures, il y a pour l'instant trois directeurs de jeu, à savoir un arbitre et deux juges de lignes. Mais au niveau international, il a été introduit, comme dans la NHL, le système avec quatre directeurs de jeu, soit deux arbitres et deux juges de lignes. Comme vous le savez, ce n'est pas sans poser des difficultés dans un pays comme la France car il y a un problème d'effectif mais aussi de coût. Ce nouveau système à quatre a été déjà testé chez nous lors des matches internationaux ou des finales de Coupe car, depuis deux ans, l'arbitrage à quatre est appliqué lors des Championnats du Monde. Pour la Ligue Magnus, rien n'est encore décidé mais l'arbitrage à quatre est à l'étude. Pour l'instant, une de nos priorités, c'est la supervision des arbitres qui n'est pas encore effective partout.