Du 7 au 23 mai dernier, l'équipe de
France de hockey sur glace a pris part au Championnat du Monde IIHF en Allemagne. Lors de cette édition 2010, les Bleus ont obtenu leur maintien en passant par l'éxercice délicat de la Poule de
relégation, renvoyant l'Italie et le Kazakhstan à l'étage inférieur.
Les joueurs de Dave Henderson et Pierre Pousse valident ainsi leur ticket pour le Championnat du Monde 2011 en Slovaquie, leur quatrième d'afillée parmi les 16 meilleures nations du hockey sur glace mondial.
Nous avons interrogé les 2 entraîneurs de l'équipe de France au retour de la compétition. L'occasion de faire le point sur le travail effectué par les 2 hommes depuis 2005 et sur les perspectives d'avenir.
Quel bilan tirez-vous du Championnat du Monde en Allemagne qui vient de se terminer ?
D.H. : Le principal objectif a été atteint avec le maintien dans le Groupe A. Cela n’a pas été facile, d’autant que nous avons encore une fois eu notre lot de blessés avant et pendant la compétition. Comme lors des précédentes éditions, nous avons essayé de bien jouer lors de nos 3 premières rencontres pour tenter de se qualifier pour le 2ème tour. Nous étions également prêts mentalement à affronter une poule de relégation, en sachant que celle-ci serait aussi délicate à négocier avec des matches particulièrement serrés et intenses. Le fait d’évoluer au sein du groupe A depuis plusieurs saisons nous a fait emmagasiner de la confiance et cela s’est avéré décisif.
P.P. : Il est certain que nous aurions aimé rééditer face à la Norvège l’exploit que nous avions réalisé l’an passé face à l’Allemagne et ainsi nous qualifier pour le 2ème tour. Mais la vérité d’une compétition est différente d’une année sur l’autre, à l’image du parcours de l’Allemagne au bord de la relégation en 2009 et demi-finaliste cette année. Au Championnat du Monde, toutes les équipes nourrissent l’ambition de se qualifier pour le 2ème tour, à part peut-être les 2 équipes qui accèdent au Groupe A, et la compétition est donc rude. Même si nous n’avons pas démérité, nous savions qu’il serait dur de battre les Norvégiens, qui, par ailleurs se sont montrés très solides en battant la République Tchèque et la Suisse. Néanmoins, nous serons encore là l’année prochaine, parmi les 16 meilleures nations du hockey sur glace mondial et c’est essentiel pour notre progression.
Quels ingrédients ont manqué par rapport à l’an dernier pour passer au 2ème tour ?
D.H. : Même si nous n’avons pas pu disposer de la totalité de notre effectif sur l’ensemble de la compétition, on s’aperçoit que cela se joue à pas grand-chose à l’arrivée. Lors du match face à la Norvège, nous réalisons une bonne prestation et nous prenons les devants à la marque. Ils reviennent ensuite au score mais nous restons dans le match… et puis on se marque ce but sur un engagement qui nous fait très mal. La frontière qui sépare le 2ème tour de la poule de relégation est mince et sur quelques moments clés, cela peut basculer dans un sens ou dans un autre
P.P. : Effectivemment, nous n’avons pas eu la même réussite que l’an dernier. On se marque un but lors des 3 premières rencontres de la compétition par exemple. Il y’a aussi eu un peu de flottement sur certaines phases où nous avons manqué de mise place défensive. Je pense également que la Norvège de cette année était supérieure à l’Allemagne de l’année dernière.
Thomas Roussel face à Marius Holtet (France-Norvège, 13 mai 2010, Mannheim)
Le Danemark, nation au niveau réputé proche de la France, finit cette année quart de finaliste. Cet exemple est-il une source d’inspiration ?
P.P. : Un gros travail a été fait au Danemark avec une équipe jeune et un programme mis en place notamment avec le concours de Mickael Lundstrom (ancien entraîneur de l’équipe de France). La sélection profite de ce travail aujourd’hui. Nous avons certes un niveau comparable à eux mais le contexte est différent, avec par exemple une taille plus restreinte de leur territoire qui rend les choses certainement plus faciles en termes de développement. Ce que le Danemark a réalisé cette année peut nous inspirer dans la mesure où cela nous fait toucher du doigt le fait qu’atteindre un quart de finale est un objectif très dur à atteindre, mais pas irréalisable
D.H. : Il faut se méfier des comparaisons mais certains points sont intéressants chez eux. C’est une équipe qui est montée dans le groupe A il y’a quelques années, s’y est maintenue avec l’apport de jeunes joueurs qui commencent désormais, avec l’expérience acquise, à se montrer décisifs à ce niveau. De notre côté, nous faisons également notre chemin avec l’idée de développer nos talents encadrés de joueurs d’expérience. Nous étoffons le collectif France depuis quelques années maintenant et cela commence à porter ses fruits puisque nous participerons l’année prochaine à notre 4ème Championnat du monde élite d’affilée, avec toujours ce même objectif de progresser encore.
Etes-vous surpris par la victoire finale des Tchèques dans ce Championnat du Monde ?
D.H. : Avec l’équipe alignée par les Russes, beaucoup de gens les voyaient aller à nouveau jusqu’au bout comme lors des 2 précédentes éditions. Cependant, on ne doit pas oublier que la République Tchèque demeure aussi une grande nation du hockey sur glace. Même si en comparaison de la Russie, moins de sélectionnés Tchèques évoluaient en NHL, ils ont réussi à faire parler leur puissance collective et à profiter d’une certaine profondeur d’effectif. Je suis donc moins surpris par la victoire des Tchèques que par la défaite des Russes.
P.P. : Lorsque nous les avons joués au 1er tour, j’ai été impressionné par leur niveau de jeu, leur capacité à bien défendre et à se projeter rapidement vers l’avant. De là à battre les Russes, cela peut paraître étonnant mais il me semble qu’il s’est passé quelque chose après leur défaite face à la Norvège. Ils se sont remobilisés et se sont mis à réellement jouer en équipe. C’est cet état d’esprit qui leur a ensuite permis d’aller jusqu’au bout. Ils ont bénéficié également d’un peu de réussite avec 2 victoires aux tirs au but en quart de finale et en demi-finale. Mais ce qu’ils ont fait est très fort.
Un petit mot sur les supporters Français présents à Mannheim ?
D.H. : Nous sommes toujours très heureux de les avoir derrière nous. Ils nous ont soutenu d’un bout à l’autre du tournoi et c’est très stimulant pour l’ensemble du groupe.
P.P. : C’est un vrai plus pour nous. Ils se sont déplacés en nombre et nous ont vraiment encouragé. en se regroupant dans les tribunes. Nous sommes fiers de nos supporters et nous les remercions de leur présence derrière nous, d’autant plus qu’il n’est pas forcément évident de se déplacer à l’étranger.
Quel est votre sentiment sur la composition du groupe au prochain Championnat du Monde (Canada, Suisse et Belarus) ?
D.H. et P.P. : Il ‘agit à nouveau d’un groupe très relevé.
Le Canada sera toujours là pour viser l’or, même s’ils ont connu un Championnat du Monde délicat en cette année Olympique. Si on prend les 5 dernières éditions, le Canada c’est quand même 3 finales. Concernant la Suisse, il s’agit désormais d’une équipe de top niveau mondial. Elle a été très impressionnante lors de ce Championnat du Monde, même si elle a un peu baissé de rythme sur la fin. Quant au Belarus, c’est une équipe très talentueuse, que nous avions déjà rencontrée à Québec en 2008. Elle a un niveau encore supérieur à la Norvège.
Quoi qu’il en soit, nous savons ce qui nous attend et nous serons prêts. Il nous faudra rester concentrés lors de chacun de nos matches. On sera comme toujours à l’affût de l’exploit et si on ne passe pas le premier tour, nous savons ce qui nous reste à faire. Cette année, nous avons à nouveau amené pas mal de jeunes avec Auvitu, Henderson, Lampérier et Hardy qui découvraient ce niveau pour la première fois. Leur présence au Championnat du Monde, c’est à chaque fois des années gagnées par rapport à leur progression. Chaque édition où l’on se maintient, on renforce notre bloc équipe et celui-ci n’est désormais plus déstabilisé au moment de jouer des grosses nations comme ça pouvait parfois être le cas auparavant. C’est très important et cela nous donne confiance en nos possibilités.
Yohann Auvitu face à la République Tchèque (9 mai 2010, Mannheim)
Vous êtes à la tête de l’équipe de France depuis près de 6 ans et vous avez été reconduits juste avant le Championnat du monde. Que vous inspire cette longévité ?
D.H. : En nous renouvelant sa confiance, la FFHG nous a signifié qu’elle partageait notre démarche et que nous répondions à ses attentes. Nous en sommes ravis et c’est gratifiant à la fois pour le staff technique et pour tout le collectif France. Le fait que toutes les parties prenantes regardent dans la même direction, avec l’idée de toujours aller de l’avant, c’est évidemment une bonne chose
P.P. : Comme pour n’importe quelle équipe, et encore plus pour une sélection nationale, s’inscrire dans la durée permet de travailler plus efficacement. Nous sommes heureux de la confiance qu’on nous accorde et fiers de pouvoir continuer le travail entrepris à la tête d’une équipe en devenir.
Quelles sont vos principales satisfactions par rapport au travail effectué jusqu’à maintenant avec les Bleus ?
D.H. : L’entreprise qui nous a été confiée était d’abord de faire remonter l’équipe de France dans le groupe A. Cet objectif s’est concrétisé dès 2007 et c’est une vraie satisfaction.
P.P. : Il faut savoir que lorsque nous avons pris l’équipe en décembre 2004, elle était assez traumatisée par la descente vécue lors du Championnat du Monde à Prague. On nous a alors assigné le but de remonter dans les 3 ans et c’est ce qui a été fait. Cela a constitué une première validation du travail effectué.
D.H. : La 2ème satisfaction provient du fait d’être parvenu à se maintenir dans l’élite depuis notre remontée car cela permet de travailler dans une certaine continuité avec notre groupe de joueurs.
P.P. : Comme évoqué précédemment, l’expérience acquise au fur et à mesure est un vrai catalyseur dans la progression des joueurs. La première année en Groupe A a été dure à assimiler et y demeurer est toujours un combat. Cependant, ces 3 dernières années parmi les équipes qui sont montées (Italie, Autriche, Hongrie, Kazakhstan, Slovénie), seule une s’est maintenue dans la durée et c’est la France.
Quels sont les objectifs de l’équipe de France pour les années à venir ?
D.H. et P.P. : L’objectif est de demeurer parmi les nations du Groupe A mondial et de relever le défi de la qualification pour les J.O. de Sotchi en 2014.
La qualification aux Jeux Olympiques repose pour partie sur le classement mondial établi par l’IIHF* sur la base des performances des nations lors des 4 dernières années. Après les 9 premières places directement qualificatives pour les Jeux, les 3 places restantes se disputent au cours de tournois de qualification organisées par les pays classés en 10ème, 11ème et 12ème position. On s’aperçoit que pour Vancouver, les 3 pays qui ont accueilli ces tournois se sont qualifiés (Allemagne, Lettonie et Norvège).
Pour être parmi les nations organisatrices, il faudra se qualifier régulièrement pour le 2ème tour et essayer d’accrocher un quart de finale lors des différents Championnats du Monde. Même avec ce tableau de marche très élevé, il n’est pas évident que cela nous le garantisse car entre la 11/12ème place et la 16/17ème place, le niveau est assez homogène et toutes les équipes partagent le même objectif
En tout état de cause, on donnera tout comme lors des tournois de qualification de Klagenfurt (2005) et Oslo (2009) où nous étions passés tout près… en espérant cette fois une issue favorable.
*La France est actuellement 15ème de ce classement
Les Bleus après le maintien obtenu face au Kazakhstan (16 mai 2010, Mannheim)
Quelles sont les prochains rendez-vous pour les Bleus ?
D.H. : Notre saison 2010-2011 est construite sur un modèle similaire aux précédentes avec d’abord un stage d’une dizaine de jours à Font-Romeu du 15 au 25 juin, puis une tournée en République Tchèque début août. Nous aurons ensuite 2 matches au mois de septembre puis viendront les 3 trêves internationales IIHF de novembre, décembre et février avec soit des oppositions ponctuelles, soit des tournois dans le cadre de l’Euro Ice Hockey Challenge (EIHC).
Avril marquera le début de la préparation au Championnat du Monde avec une montée en puissance jusqu’au début de la compétition le 29 avril
P.P. : Notre schéma est maintenant bien établi depuis quelques années. Nous regardons tous les joueurs issus des moins de 20 ans et qui ont entre 20 et 24 ans. A la fin de leur saison en clubs, ils ont tous un programme physique à faire. Une partie est invitée à Font-Romeu en juin pendant 10 jours avec glace et hors glace sous la conduite d’Adrien Valvo, notre préparateur physique. Nous enchainons ensuite sur une tournée en République Tchèque au mois d’août avec les meilleurs jeunes de Font-Romeu ainsi que plusieurs autres jeunes joueurs titulaires en équipe de France qui peuvent alors prendre un rôle de leader. Avec 4 matches en 5 jours, il y’a un rythme comparable avec celui du Championnat du Monde et on voit ceux qui peuvent tenir sur la durée.
Au cours des tournois EIHC, on essaye d’avoir la meilleur équipe possible même si il y’a parfois certaines indisponibilités. Lorsque c’est le cas, cela nous permet encore une fois de tester des jeunes joueurs et d’intégrer au collectif France de nouvelles forces qui arrivent dans notre hockey.