Finances et palet

FINANCES ET PALET - Daniel Galland

 

Daniel Galland, 55 ans, ancien membre de l’équipe de France de hockey sur glace, a brillamment réussi sa reconversion puisqu’il est devenu l’adjoint aux sports de la ville de Gap. Dans la perspective de l’atelier sur l’évolution des modes de financement du sport qui se tiendra lors de l’assemblée générale de la FFHG organisée à Valence, l’élu des Hautes-Alpes a bien voulu apporter sa contribution en répondant à nos questions.

 

 

Dans une ville comme Gap où le hockey sur glace est un sport local très populaire, à combien se monte l’aide financière de la municipalité ?

D.G. : Jusqu’à maintenant, la subvention globale s’élevait à 170 000 euros. Mais avec l’accession du club de Gap dans la Ligue Magnus la saison prochaine, nous allons porter cette aide à 220 000 euros.

 

 

Quel cahier des charges impose votre municipalité pour aider une discipline sportive et quels sont les critères pris en compte pour déterminer la hauteur de la subvention ?

D.G. : Il y a deux sortes de club sportif : celui qui évolue dans le haut niveau et celui moins performant ou de loisirs. En ce qui concerne le premier cas, nous décidons du montant de sa subvention en fonction de l’image qu’il apporte, du retour sur investissement que l’on peut avoir. Mais nous tenons compte aussi de la notoriété d’un club qui peut varier en fonction de son classement dans le championnat national de sa discipline. Du coup, une association faisant partie de la deuxième catégorie, mais qui évolue à un niveau national élevé, pourra bénéficier d’une subvention conséquente elle aussi.

Quant au cahier des charges, nous exigeons bien entendu une gestion rigoureuse, la présence d’un expert comptable certifié et nous effectuons nous-même un contrôle systématique des bilans tous les ans. De plus, les clubs que nous aidons doivent porter bien évidemment les couleurs de la ville en priorité avec notre logo.

 

 

Le fait que la ville de Gap ait un maire et un adjoint aux sports qui sont deux anciens hockeyeurs favorise-t-il le club de hockey local ?

D.G. : On ne peut pas dire que c’est négatif bien sûr, même si nous nous attachons à rester le plus impartial possible. C’est certain que nous avons un penchant pour le hockey sur glace car le maire, Roger Didier, et moi, avons été champions de France minimes ensemble en 1965.

Par la suite, je suis devenu international. Ca ne s’oublie pas ! Mais, croyez-moi, les autres disciplines locales n’en souffrent pas puisqu’elles sont également bien loties. Nous distribuons au total 700 000 euros aux clubs de haut niveau et 170 000 aux autres disciplines.

 

 

Sur un plan plus général, constatez-vous une évolution des modes de financement du sport ?

D.G. : Avec la professionnalisation du sport ces dernières années, la pêche aux subventions est devenue une discipline sportive en elle-même ! Et la crise financière actuelle n’arrange rien. L’évolution la plus récente à mon avis, c’est la mobilisation des élus du sport au niveau national.

En effet, je viens de participer récemment à Paris à une réunion de notre association des adjoints aux sports et nous avons demandé officiellement à l’Etat de doubler son enveloppe aux municipalités qui était jusqu’à présent de 50 millions d’euros pour l’ensemble du territoire. Cette demande de doublement de la subvention globale de l’Etat est motivée par le vieillissement et le délabrement avancé des équipements sportifs de nos villes.

 

 

Quels conseils pratiques donneriez-vous aux présidents des clubs de hockey français qui cherchent à développer leurs budgets ?

D.G. : Il faut que les dirigeants sportifs se rendent bien compte que le budget des villes n’est pas extensible à l’infini et qu’il s’agit surtout de l’argent public. Le sport n’est pas forcément la plus grande priorité et nous avons donc des comptes à rendre en tant qu’élus.

Les sommes qui sont versées, notamment aux clubs sportifs, sont calculées au plus juste dans tous les sens du terme. Ce que je conseille donc aux présidents des clubs de hockey français, c’est de pratiquer une politique réaliste et de ne pas jouer aux apprentis sorciers comme ce fut malheureusement parfois le cas dans le passé avec les faillites que l’on a connu. A quoi sert d’obtenir coûte que coûte un titre si c’est pour disparaître juste après ? Un président de club, en bon gestionnaire, doit rester les pieds sur terre et faire des choix stratégiques pertinents. Il faut savoir rester modeste et réduire la voilure si nécessaire au lieu de vouloir obtenir une accession ou un titre à tout prix, même si cela doit se faire au détriment des résultats. Un investissement à long terme est toujours payant si l’on sait s’entourer de formateurs compétents. Un président de club doit savoir faire des choix judicieux et ne pas considérer son rôle de président comme une promotion sociale démesurée lui donnant tous les droits.

Concernant le hockey sur glace que je connais bien, je conseille avant tout aux présidents de clubs de privilégier la formation des joueurs locaux car c’est la seule et unique garantie de la pérennisation de leur association et aussi de la progression du niveau d’ensemble du hockey sur glace français. L’utilisation abusive des renforts étrangers n’est jamais rentable financièrement, surtout à long terme, et elle pénalise lourdement nos joueurs nationaux.

 

 

Photo n°1 Daniel Galland : François Celce