L'international junior Kévin Dusseau, 18 ans, est un jeune hockeyeur itinérant puisqu'il a déjà joué successivement à Cherbourg, Nantes, Angers, Rouen et enfin à Reims.
Le défenseur numéro 91 du club de la Marne, qui évolue en Division 1 cette saison, a de qui tenir puisqu'il est le fils de l'entraîneur des Phénix, François Dusseau, qui fut lui-même un hockeyeur de haut niveau. Sa présence dans diverses équipes du championnat de France a permis à Kévin de côtoyer un grand nombre de joueurs français, mais également plusieurs renforts étrangers.
Comme vous le savez, la FFHG a édicté un règlement qui impose aux clubs de la Ligue Magnus et de la Division 1 d'utiliser au minimum six joueurs formés localement pour la saison 2010-2011. Ce quota va être porté à sept au mois de septembre 2011 (8 pour la Division 2 et 9 pour la Division 3). Avec l'expérience du jeu, qu'en pensez-vous ?
K.D. : Je trouve ce règlement très bien car il permet aux hockeyeurs français d'avoir plus de chance de jouer dans la mesure où il incite les clubs à limiter leur nombre de renforts étrangers. Quelque part, c'est une assurance pour nous les joueurs du cru. Cela peut faire la différence dans le choix des dirigeants, encore plus si nous savons nous montrer convaincants et prouvons notre valeur sur la glace.
Que pensez-vous des hockeyeurs français qui partent jouer à l'étranger ?
K.D. : Je ne pense pas que ce
soit forcément à mettre sur le compte d'un manque de possibilités dans le championnat de France car il s'agit pour beaucoup de cas de nos meilleurs internationaux. Eux, ils
n'ont pas de problème. Cela prouve au moins qu'il y a des joueurs de bon niveau chez nous ! C'est donc une bonne chose dans ce sens là. D'autre part, ces départs à l'étranger permettent à nos
hockeyeurs d'évoluer avec des nouveaux coéquipiers qui possèdent différents styles de jeu. Cela leur permet d'acquérir de l'expérience et de devenir ainsi des joueurs plus diversifiés et plus
polyvalents. Pour l'équipe de France, voir certains de nos internationaux évoluer en Allemagne, en Suisse ou en Suède, c'est un atout supplémentaire non négligeable.
Concernant les joueurs français d'un niveau plus modeste, ne trouvez-vous pas que le championnat de France pourrait leur faire une place encore plus grande ?
K.D. : Il ne faut pas se voiler la face, la plupart des clubs forment leurs équipes avant tout pour obtenir le meilleur résultat et pas pour "faire le nombre". Le règlement qui a été mis en place sur les joueurs formés localement évite à ce niveau une surenchère avec les renforts étrangers. Evidemment, les présidents de clubs ne doivent pas se contenter d'appliquer le règlement a minima en engageant seulement le nombre obligatoire. Ceci dit, il faut reconnaître que le nombre de joueurs formés en France n'est peut-être pas assez conséquent. Le réservoir est à développer, surtout pour les joueurs capables d'évoluer dans le championnat de la Ligue Magnus. A mon avis, c'est plutôt un manque d'effectif qui peut poser problème plutôt qu'une volonté réelle des présidents de clubs de privilégier le recrutement de renforts étrangers. A niveau égal, je pense qu'on laisserait quand même la place à un hockeyeur français surtout s'il a été formé au club.
Vous qui avait joué déjà dans plusieurs clubs français, quels sont les rapports avec les renforts étrangers que vous avez pu constater ?
K.D. : En général ça se passe très bien même si quelquefois il y en a qui nous prennent un peu de haut. Si un renfort étranger n'est pas plus fort qu'un joueur français, on a tendance à penser qu'il prend une place. Cela peut créer parfois des tensions. Mais s'il a un niveau nettement supérieur, ce qui est souvent le cas, les rapports sont, au contraire, très bons. D'autant que ces renforts nous aident à progresser. J'ai pu le constater à Reims cette saison. Le fait de jouer en défense avec le Finlandais Juhani Kaisjoki m'a permis d'améliorer encore mon jeu car mon coéquipier a un style très différent du mien. De plus, comme il a 25 ans et moi seulement 18, je peux profiter de sa plus grande expérience. En plus, il est très sympa avec moi comme d'ailleurs la plupart des renforts étrangers. Ils ont bien conscience de leur chance. S'ils viennent en France, c'est parce qu'ils n'ont pas forcément le niveau pour jouer chez eux. C'est donc un bon moyen pour eux de venir gagner un peu d'argent en continuant à jouer au hockey et découvrir notre pays.
Kevin Dusseau avec l'équipe de France U20
Vous qui êtes international junior, pensez-vous qu'un bon joueur français est condamné à partir systématiquement à l'étranger au lieu de rester en France ?
K.D. : Tout dépend du standing de son club d'origine et de son niveau de jeu personnel. Bien sûr, il y a l'aspect financier qui rentre en compte. Mais dans un premier temps, s'il est réellement bon, un joueur français aura à mon avis une chance d'évoluer sur une grosse ligne dans le championnat de la Ligue Magnus. Ensuite, pour qu'il reste tout dépendra du contexte car les places à l'étranger ne sont pas nombreuses. Mais la première condition pour qu'un bon Français reste dans notre championnat, c'est qu'il ait la possibilité de jouer beaucoup. C'est pour cette raison que lorsqu'un joueur formé en France veut changer de club, il doit regarder avant tout quel est le club qui lui donnera le plus de temps de jeu.