La victoire que la France a remportée face à l’Allemagne lors du dernier Championnat du Monde organisé à Berne fut d’une importance capitale. Ce succès (2-1) a
permis à la sélection tricolore de rester dans la « cour des grands » en échappant à la poule de relégation et en obtenant directement son billet pour le Mondial de 2010.
Comment aborde-t-on ce genre de match décisif ? Quels sont les divers aspects prépondérants, à la fois techniques et tactiques, qui ont permis d’obtenir sur la glace une telle réussite ? Dave Henderson, l’entraîneur national, analyse le déroulement de cette rencontre en mettant en lumière les impératifs qui ont guidé son coaching et qui ont prévalu sur la patinoire.
Dave Henderson : " C’est dans les défaites que l’on construit les victoires futures. Cette façon de voir les choses est à mon avis indispensable car elle permet de mieux comprendre les lacunes de l’équipe et d’essayer de les gommer autant que possible. Il faut savoir retenir les leçons pour ne pas commettre les mêmes erreurs. Dans le camp tricolore, personne n’avait oublié la sévère défaite (5-0) que l’équipe de France avait subi face à l’Allemagne lors du Mondial de 2006 à Amiens. Comme tous les joueurs, cet échec m’avait beaucoup marqué. Dès lors, notre premier objectif était très clair : ne plus se laisser déborder et ne plus subir le jeu des Allemands.
Dès le coup d’envoi, au vu des forces en présence, notre tactique était logiquement de jouer défensif. Un jeu d’attaque à outrance aurait été suicidaire. Cela aurait été très prétentieux de nous croire aussi forts qu’eux même si c’était la volonté de mes joueurs. Il fallait donc éviter à tout prix d’offrir des ouvertures à nos adversaires. Pour se faire, nous avions donné des consignes précises à nos joueurs. Il ne fallait pas tenter de ceinturer les Allemands en attaque mais d’être plus modeste en jouant crânement le contact physique et en positionnant le plus de joueurs possibles entre le palet et notre cage. Hormis ce jeu d’écrans physiques, il fallait essayer de pousser nos adversaires toujours vers l’extérieur. Ne pas laisser la zone centrale devenir un champ d’action dangereux.
Pendant le match, nos joueurs devaient toujours
contrôler leurs adversaires directs par un marquage précis et permanent. Quel que soit le contexte du match, c’est de toute façon la base d’un sport d’équipe et notamment
du hockey. Dans notre zone de défense, il fallait essayer de pousser systématiquement les Allemands vers la balustrade et ne pas les laisser évoluer comme je l’ai dis au centre de la
patinoire, un lieu qui est propice aux attaques et aux breaks. Pour neutraliser le plus possible le jeu adverse, nous avons essayé également de couper les lignes de passes des Allemands dirigées
vers l’intérieur.
Une fois le jeu défensif mis en place, nous avions demandé à nos hockeyeurs de se montrer combatifs en effectuant des transitions rapides et de sortir de la zone sans temps mort à une allure soutenue. Il fallait prendre si possible un ascendant psychologique sur les Allemands en donnant du rythme au match afin de pouvoir déployer notre jeu. Mais ordre avait été donné d’éviter la précipitation et, surtout, les passes risquées. En d’autres termes : il ne fallait pas faire de cadeau à nos adversaires.
Notre tactique s’est révélée efficace puisque, contrairement au Mondial de 2006 à Amiens, les Allemands ont été cette fois incapables de nous déborder. Le duel fut beaucoup plus équilibré comme le score final l’atteste. Nous avons réussi à les pousser souvent vers l’extérieur, en direction de la balustrade. Du coup, cela a beaucoup facilité le travail de notre gardien Fabrice Lhenry qui avait des angles de vue plus larges et plus sécurisés. Il a ainsi pu se concentrer d’avantage sur les actions des tireurs adverses et anticiper leurs gestes.
Sur le plan physique la progression fut
évidente. La courte défaite lors de l'ouverture du Mondial contre les Suisses (0-1), qui jouaient pourtant à domicile, puis notre victoire décisive contre les Allemands, ont apporté la
preuve que l’équipe de France commence à combler son retard dans ce domaine. Par rapport au Mondial à Amiens, les gabarits des hockeyeurs Français et Allemands sont à présent presque
équivalents. Nous nous sommes donc battus à armes égales dans plusieurs compartiments du jeu.
L’expérience nous a servi cette fois pour parvenir à s’imposer. Notre présence à Québec l’an passé nous a beaucoup aidé dans la construction de cette victoire importante. Cela s’est vu notamment à la fin du match contre l’Allemagne. Nos joueurs n’ont pas baissé les bras, ils n’ont pas paniqué, ils sont restés lucides jusqu’au bout en maintenant la pression sans faillir. Nous avons pu contrôler le jeu en comptant egalement sur le brio de notre gardien Fabrice Lhenry. Son rôle a été déterminant. Mais ce jeu plutôt défensif ne nous a pas empêché d’ouvrir le jeu en étant également offensif. Les deux buts marqués par Anthoine Lussier et Luc Tardif en sont la preuve.
La leçon à retenir de cette victoire,
c’est que l’équipe de France peut s’imposer grâce à un fond de jeu collectif désormais assez solide même en l’absence de plusieurs blessés. Au-delà du résultat, c’est
peut-être notre plus grande victoire. J’espère qu’elle va nous servir l’an prochain même s’il faut rester très lucide et se dire que rien n’est acquis. Il faut que nos
sélectionnés restent convaincus qu’ils peuvent se maintenir dans l’élite mondiale et qu’ils franchiront encore des paliers supplémentaires s’ils continuent dans cette voie.
En conclusion, je dirais que le mot d’ordre reste toujours le même : « continuons tous ensemble le combat ! »
L’ancien hockeyeur de Meudon la
Forêt, Eric Bouguin (32 ans), a été le seul arbitre français à participer au dernier Championnat du Monde en Suisse. La présence de notre juge de ligne international a été un événement
notable pour le hockey sur glace français puisque il faut remonter onze ans en arrière, précisément lors du Mondial de 1998 organisé également en Suisse, pour noter la présence d’un autre
juge de ligne tricolore, à savoir Marc Mendlowictz*.
Nous avons donc demandé à Eric Bouguin de nous faire part de ses impressions.
Vous avez été juge de ligne lors d’un Mondial de Division 1 l’an passé à Innsbruck. Quelle différence avez-vous noté avec ce Championnats du Monde élite 2009 en Suisse?
E.B : La vitesse de patinage est incontestablement supérieure. En tant qu’arbitre, il faut se réadapter, avoir plus d’anticipation car le placement sur la glace n’est plus le même. L’organisation aussi est plus" top niveau". Tout est millimétré, minuté, l’heure c’est l’heure ! De plus, l’ambiance entre nous a été tout aussi bonne car les arbitres forment une famille quel que soit le niveau. J’ai reçu de bons conseils.
Le fait d'officier dans le Championnat de l’élite mondiale vous a-t-il mis une plus grande pression ?
E.B. : C’est un peu normal car, en Suisse, il y avait sept superviseurs de nationalités différentes pour vérifier à la fois nos aptitudes et notre attitude. Nos moindres faits et gestes ont été analysés, que ce soit sur la glace ou en dehors. Et dès le lendemain des matches, nous avions un débriefing avec un visionnage vidéo.
En tant qu’arbitre, vous avez tenu le rôle de juge de ligne, est-ce une fin en soi ou avez-vous d’autres ambitions ?
E.B. : Il y a certains arbitres nationaux ou internationaux Français qui choisissent de rester juge de ligne toute leur vie. On le sent ou pas. En ce qui me concerne, je suis aussi « Head » dans le championnat espoirs français. Mais pour devenir arbitre chef au niveau international, il faut repartir du bas de l’échelle. Ce sont deux carrières différentes.
Votre sélection lors du dernier Mondial en Suisse va certainement vous apporter une nouvelle notoriété parmi les arbitres français. Quels sentiments allez vous éveiller ?
E.B. : Les arbitres, « Heads » ou « Juges de ligne » sont tous des amis qui sont fiers et heureux pour moi. Et puis, c’est une fierté surtout pour la France que nous représentons à l’étranger. Je tiens à associer d’ailleurs ma consoeur de Gap Anne-Sophie Boniface qui a plus de mérite puisqu’elle a participé aux Jeux Olympiques de Turin en 2006. Elle a été également juge de ligne lors de la finale du dernier Mondial féminin. De plus, elle officie également avec nous dans le championnat de la Ligue Magnus. Elle a une sacrée chance ! Mais elle le mérite amplement.
* On notera que le dernier arbitre « head » français qui a participé aux championnats du monde élite était Eric Malletroit en 1993 en Allemagne. Avant Eric Bouguin, quatre autres juges de ligne ont été sélectionnés à ce niveau : Lionel Ollier (1992 et 1995), Jean-Christophe Benoist (1994), Thierry Calamonéri (1996) et Marc Mendlowictz (1998).
Photo n°2 Eric Bouguin : Stéphanie Ouvry