Blackhawks de Chigaco
Mon départ pour la Suisse n’a pas été facile. À mon arrivée, il y a eu beaucoup de commentaires négatifs de la part des médias qui ironisaient sur le niveau du hockey français, en proie à l’époque aux graves problèmes financiers de la FFSG.
Heureusement que mes entraîneurs, Jim Kollef et Tom Hedican, m’ont soutenu.
Ensuite, le titre national de fin de saison, a tout arrangé et le fait que je sois français n’a plus eu d’importance.
Pour moi, tout changement de Club est un retour à zéro.
Alors j’ai préparé mon arrivée en NHL comme j’ai préparé mon arrivé En LNA Suisse. La seule différence était que le défi était, pour le coup, beaucoup plus dur à relever.
Comme une liberté. J'avais le contrôle du système et le pouvoir de choisir mon équipe.
Tout à fait. Je pense qu’ils voulaient me voir jouer avec Ovechkin, dans la conférence Est, qui est plus facile à suivre pour les européens.
Mais, j’ai pris ma décision pour ma carrière et ma famille.
Comment as-tu vécu, le retour de Khabibulin à son meilleur niveau ?
Je pense que cela est bon pour le groupe. Le fait qu’il retrouve son meilleur niveau nous pousse à hausser notre implication réciproque. Une concurrence saine entre les gardiens est souvent une bonne chose pour l’équipe.
En parlant de concurrence entre gardiens. Il y a-t-il une différence entre les relations entre gardiens en NHL et celles que tu as connues en Europe, comme avec Rommi Rûeger ?
Non c’est toujours la même chose.
J’ai eu la chance d’avoir de très bonnes relations avec tous les gardiens de NHL et d’Europe que j'ai cotoyé. Mon attitude discrète a toujours eu son importance dans les rapports que j'ai entretenus avec eux.
Quels souvenirs garde-tu de ton passage aux Canadiens de Montréal ?
Je ne crois pas. Notre force a toujours été le Groupe. Tout le monde est important dans l’équipe de France et notre amitié peu faire changer le cour d’un match ou d'un tournoi.
Suis-tu le championnat français ? Comment vois-tu son développement ?
J’essaie le plus souvent possible de suivre le Championnat Français et je suis toujours en contact avec certains joueurs.
En ce qui concerne le développement du hockey en France, je pense que nous sommes sur la bonne voie.
Le développement du hockey français passe par les résultats des équipes de France et par la promotion de notre sport à travers de grands événements, comme la finale de la Coupe de France à Bercy.
Grenoble, où tout commence
Ce n’est ni un conte de fée, ni l’itinéraire d’un enfant gâté. Pour le Hockey sur Glace en France, Cristobal Huet est devenu un symbole et un exemple. Un symbole par la ténacité et le travail accompli, un exemple par l’humilité de celui qui n’a jamais oublié le hockey français dont il est issu.
C’est en suivant les pas d’Antoine, le grand frère déjà hockeyeur, de 4 ans son aîné, que le petit Cristobal de Saint Martin d’Hères se retrouve à l’âge de 5 ans, au début des années 80, devant les portes de la mythique patinoire du boulevard Clémenceau à Grenoble. Issu d’une famille venue du centre de la France, installée dans la capitale Iséroise depuis les JO de 68, le jeune Cristobal va très vite se tourner vers le poste de gardien. Un élan presque naturel….Dans ces temps là, on croise parfois, mais rarement, la silhouette de « Pete » Laliberté en visite privée. C’est Gary Brown qui est aux manettes dans un club qui attend de rejouer les premiers rôles et qui attire toujours autant les jeunes grenoblois.
Dans le club et dans la famille, pas de bouleversements consécutifs à l’apparition d’un génie précoce, l’Isère n’est pas le Canada, ni la Russie. Tout au plus, les parents de Cristobal apporteront ils leur soutien par un bénévolat, commun à beaucoup de ces familles qui aident le Hockey dans tous les clubs de France.
Le jeune Huet poursuit son apprentissage en douceur, les sélections arrivent pour lui, comme elles sont arrivées et arriveront encore pour des centaines d’autres joueurs français. Rien ne permet de dénicher la future star internationale dans le grand adolescent un peu nonchalant qui obtient son bac en dépit d’absences dues aux regroupements des équipes de France junior.
C’est en 94 /95 qu’un premier tournant a lieu. Cette année là, Daniel Grando a les rênes de l’équipe première des Brûleurs de Loups et fait occasionnellement appel à Cristobal en soutien à Patrick Rolland et David Molinier. Un transfuge des catégories mineures du Dynamo de Moscou, Dimitri Fokin s’occupe de l’équipe junior, il va s’acharner à motiver un groupe, talentueux mais pas assez concerné à son goût, dans lequel Cristobal va naître à l’effort et à l’ambition. Le groupe va finir avec un titre de champion de France junior, acquis de haute lutte ,qui va ouvrir à son gardien les portes de l’équipe première.
La saison 95 / 96 va voir l’apparition du jeune Huet dans les cages des bruleurs de Loups. C’est dans les Play Off que la présence du gardien va se faire sentir. Pour la première fois, le néo senior réalise qu’il peut faire une carrière, au moins nationale, dans le sport qu’il pratique.
Mais, c’est hors frontière que son destin va se jouer.
Le premier à jeter un œil sur le gardien a été Kjell Larsson. Le suédois a quitté en 1994 la direction des équipes de France pour le club suisse de Fribourg Gotteron, mais le futur dépisteur de Columbus n’oubliera pas le jeune international grenoblois qu’il continue de suivre. Un autre détecte le talent du gardien, c’est Dany Dubé, l’entraîneur canadien de l’équipe nationale en 1997, qui l’adjoint à François Gravel, titulaire des filets nationaux.
Lugano, le tremplin
La lumière, pour Cristobal, va aussi avoir un nom, Tom Hedican, un ancien gardien devenu coach, qui gravite dans la galaxie des ligues nord américaines et d’Europe pour des piges d’entraîneur de gardien. Il intervient dans le club de Lugano où il accueille le jeune Français. Il en devine tout le potentiel qu’il se chargera de faire progresser. Coach Hedican fait aussi germer une idée folle, la NHL….
La saison 1999 / 2000 a, pour les Tessinois, le goût amer d’une défaite en play off contre Zurich, qui prive Lugano de titre, en conclusion d’une saison pourtant magnifique. Une autre pièce du puzzle NHL va s’emboiter, Philippe Bozon. Le charismatique attaquant français a rejoint la troupe à Jim Koleff. Le Megèvan a connu l’ivresse de jouer pour les Blues de Saint Louis dans la plus prestigieuse ligue au monde. Il en sait aussi l’arrière plan moins doté, l’AHL, les interminables voyages, les luttes au couteau, les espoirs de rappel, les déceptions…
La saison 2000 / 2001 s’achève de la même façon pour les bianconeri. Défaite dans l’antre du Resega de Lugano dans la série finale qui l’oppose encore à Zurich. Le système Koleff se fissure.
Mais c’est encore hors frontière que le destin a donné rendez vous à Cristobal.
La grande foire nord américaine du repêchage des espoirs du hockey mondial a débutée. Le « draft » 2001 passe les futur talents en revue. Les rondes se succèdent et à la 7ème, au 214ème rang apparaît le nom de Cristobal Huet. Tom Hedican a bien travaillé. Désormais le joueur peut évoluer dans le circuit lié à la NHL, il appartient aux Los Angeles Kings.
L’Amérique…
Celui-ci a décidé de tenter l’aventure. Conscient de ses possibilités, il sait bien que de nombreux clubs européens sauront l’accueillir en cas d’incompatibilité. C’est à Manchester, aux confins de la côte est des USA, au New Hampshire, qu’est assigné le gardien recru. C’est ainsi qu’en ont décidés les coachs de Los Angeles à l’autre bout du continent. Affiliés aux Kings, les Monarchs de Manchester évoluent dans l’AHL. Cristobal y vit des jours difficiles mais ses performances ne faiblissent pas.
La saison 2003 / 2004 donne au grenoblois l’occasion de démontrer qu’il a sa place dans la grande ligue. Roman Cechmanek se blesse et Cristobal saisit sa chance. Il effectuera 42 matchs avec des statistiques très probantes. Celles-ci ne sont toutefois pas suffisantes. Lors du repêchage 2004, le gardien est échangé avec Radek Bonk et un choix de 3ème ronde à Montréal, en retour d’un autre gardien, Mathieu Garon. Le grand club québécois est managé par un ancien de ses glorieux capitaines, Bob Gainey. Un homme qui sait que le Hockey français existe, il y aura passé une saison, à Epinal, du temps du maire Philippe Seguin.
On mesure mal ce qu’est le Canadiens de Montréal pour le hockey. Seul l’engouement de Marseille pour son OM a-t-il chez nous un écho qui puisse faire comprendre la passion de cette ville pour son équipe et ses joueurs.
Parmi eux trône une icône, le gardien José Théodore.
Lorsque l’équipe de l’édition 2006 / 2007 est présentée dans un Centre Bell comble, on a totalement oublié qu’avec l’attaquant Radek Bonk est venu un gardien français. L’association même de « gardien français » et de « LNH » a du mal à se faire dans cette ville tellement dédiée au hockey. Le présentateur omet de le citer.
Paradoxalement cet oubli sera le meilleur allié de Cristobal lorsque viendra le temps de reconnaître l’apport du français dans les performances de l'équipe. Beaucoup ont jugé incorrect le traitement fait à l’athlète de Saint Martin d’Hères. Tous sauront lui rendre hommage plus tard, lors d’une « Marseillaise » vibrante entonnée par les 22 000 spectateurs d’un match contre les Islanders de New York.
Cristobal est passé de la grande métropole californienne, celle des palmiers et des stars croisés lors des manifestations de prestige des L.A. Kings, à la Mecque du hockey canadien et québécois. Il y est comme chez lui. Montréal, c’est aussi un peu d’Europe dans l’immensité Nord Américaine. Il n’est plus anonyme, dans son quartier du Vieux Montréal, les gens lui font des signes de reconnaissance mais savent respecter sa tranquillité.
Au firmament du Canadien de Montréal, toutes les étoiles se succèdent. Celle de Cristobal avait fait pâlir celle de José Théodore jusqu’à l’apothéose d’une sélection pour le All Star Game, celle du jeune Carey Price aura raison du grenoblois, à quelques matchs des « séries » 2007 / 2008.
Huet est parti, mais cette popularité perdurera bien après son départ, en particulier à Québec. Aux Mondiaux A, où la France fait son retour, les fans du grenoblois ne manquent pas. L’abnégation de Cristobal à servir son pays, petit poucet de la compétition, au moment même de négocier un prestigieux contrat, fait l’admiration du Colisée de la ville hôte et des observateurs.
Car c’est dans la capitale des états unis d’Amérique que Cristobal a trouvé un second souffle et d’où il attend une proposition car il est désormais libre de toute tutelle. Bruce Boudreau, qui a dirigé le français à Manchester, l’a reçu comme une alternative à un Olaf Kolzig qui parvenait moins à remplir son rôle après 18 saisons aux Washington Capitals. Avec les Oviechkin, Bäckström, Semin, Fedorov, acquis en même temps que Huet, le gardien retrouve son influx et a participé très activement à la qualification de son équipe pour des Play off qui l’auront opposé à celle des Flyers de Philadelphie.
Contre les Flyers, en première ronde, les Capitals d’Huet en sont au match ultime des 7 prévus à chaque tour. Il s’en faut d’un souffle que Cristobal revienne hanter le Centre Bell…
Mais l’homme aux initiales CH, comme Canadiens et Habs, le CH du maillot du club centenaire, en a fini avec l’ancienne Hochelaga des Hurons. C’est encore aux USA, dans un club des «Original six », comme l’était Montréal, que les dirigeants des Chicago Black Hawks ont su attirer le gardien français par un contrat de 4 saisons.