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EDF. L’intersaison, un moment charnière

24 Juil 2026 12:39   /   A LA UNE, EQUIPES DE FRANCE

 

« On prépare la saison suivante dès juin ». Alors que la saison se termine en mai pour les internationaux, les hockeyeurs doivent rapidement se remettre au travail pour préparer la suivante. Découvrez cette période si particulière, où le repos des athlètes et la préparation physique sont primordiaux pour réussir.


Mais à quoi ressemble donc une intersaison chez les internationaux français, qui terminent généralement leur saison mi-mai ? Kevin Mahot, responsable du suivi de la performance des équipes de France masculine, répond : « les internationaux coupent en général 15-20 jours directement après la compétition, puis ils reprennent la préparation physique début juin. Selon les clubs, ils peuvent la faire collectivement ou individuellement, en suivant le programme envoyé au préalable par le club. Ensuite, ils recoupent avec des petites vacances puis retrouvent la glace pour une saison complète. »

Première étape : couper

Première étape, donc : couper. Une phase essentielle pour Kevin Mahot, coordinateur de la performance des équipes de France : « Il faut récupérer et reprendre possession de tout ce qui a été perdu ou altéré durant la saison, sur les plans physiques, physiologiques, psychologiques et psycho-sociaux. En fin de saison, les Hockeyeurs ne veulent plus entendre parler de Hockey, c’est donc important de couper et généralement, au bout de quelques jours, ils ont de nouveau envie de reprendre ! ».

La priorité est d’abord de récupérer, et parfois même d’effacer les blessures. « Durant une saison, on a toujours mal quelque part. Les premières semaines off sont aussi importantes pour récupérer de ces petits bobos. » aborde Hugo Gallet, blessé lors du dernier Mondial.

Le gardien de but Quentin Papillon a pris deux semaines de pause après le Mondial de Sosnowiec. Il insiste sur le besoin de couper : « C’est important de relâcher complètement la pression du quotidien d’une saison. Il faut s’aérer l’esprit pour revenir frais dans tous les sens du terme !« .

Durant leurs vacances, les joueurs coupent, se changent les idées et en profitent pour découvrir d’autres sports. « J’aime faire du vélo et du tennis, des activités qu’on n’a pas le temps de faire en saison », explique Hugo Gallet. Le défenseur du club finlandais de KalPa continue : « C’est très important de couper. Moi, en fin de saison, j’ai surtout envie de couper le réveil après 10 mois de vie très « timée » ! Je ne veux plus avoir de contraintes pour le sport, donc je ne fais que du sport par plaisir avec mes proches. » 

Le capitaine Jordann Perret, qui a pris trois semaines de vacances « sans faire attention à son alimentation » ajoute, « je fais tout ce dont j’ai envie, comme des sorties en VTT ou de la randonnée. Les vacances passent toujours trop vite, alors il faut en profiter. »

Avec les Jeux Olympiques, la saison 2025 – 2026 a été particulièrement chargée, et les Olympiens ont dû s’adapter, comme Nicolas Ritz. « J’ai pris un mois de pause ! Je n’avais jamais fait autant de coupures durant ma carrière. Depuis 10 ans, j’enchaînais les saisons, mais ce n’est pas très bénéfique d’enchaîner, car tu es souvent en baisse de forme physique et morale en octobre/novembre. J’ai pris la décision, avec Kévin Mahot, de couper plus que d’habitude pour être plus frais mentalement durant la saison. »

La première étape est donc de faire une croix sur la saison passée, et de retrouver toute son énergie avant de se remettre au travail.

Début de la préparation physique

En juin, les joueurs troquent crosses et palets contre des altères et des appareils de musculation. Si Kevin Mahot voit une augmentation des entraînements sur glace en juin, avec pour preuve les « Finlandais » ou les Marseillais qui ont déjà touché la glace, il voit dans le mois de juin un moment clé : « Il faut trouver l’équilibre entre la charge et la récupération. Le but est de s’entraîner à subir les futurs entraînements« . Lui s’assure que tous les internationaux suivent un programme de préparation physique, améliore les programmes incomplets et reste à disposition des joueurs qui veulent travailler un cas spécifique. « Cet été, j’ai fait un programme dédié à un joueur qui voulait bosser ses chevilles« . Il doit suivre les joueurs et composer avec les habitudes de chaque pays. En Finlande par exemple, les clubs ont un goût très prononcé pour la préparation physique, avec souvent deux séances par jour. « Cela fait beaucoup de volumes« , sourit Hugo Gallet.

Généralement suivi par les préparateurs physiques des clubs, chaque joueur a néanmoins ses habitudes. « J’ai un préparateur physique perso, explique le défenseur. Je trouve que les prépa de club ont une vision collective, alors que c’est une phase très individuelle à mes yeux. On ne peut pas faire le même programme à un joueur de 22 ans et un autre de 30 ans, ni à un gars de 75 ou de 100 kilos ».

Du côté de Nicolas Ritz, il a fallu s’adapter en construisant son programme avec le préparateur physique de Rouen, son nouveau club : « Le préparateur physique s’adapte aux joueurs. Il m’a fait un mix entre ce qu’il attend et ce que je souhaite, en prenant en compte mes habitudes. Je suis sur Chamonix actuellement donc j’ai le droit à beaucoup de vélo. ». La préparation physique est généralement scindée en deux, avec un premier bloc dédié à la musculation et la force physique, puis un deuxième pour travailler des points précis, comme l’explosivité, la puissance ou le cardio. « Entre les deux j’ai déménagé, donc j’ai eu une coupure assez sportive » rigole le nouveau joueur des Dragons.

Après trois semaines de pause, Jordann Perret a repris seul la préparation physique, chez lui à Villard-de-Lans. « J’avais une séance tous les jours du lundi au vendredi et j’étais off les week-ends.« . Son club tchèque de Mountfield l’a rappellé pour le 20 juillet, ce qui laisse « peu de temps pour prendre des vacances, soigner les bobos et être prêt physiquement pour le camp d’été très intense. ».

Pour les gardiens de but, en plus de la force physique, il y a « un gros travail de mobilité, de souplesse et de coordination des mains », explique Quentin Papillon, qui n’oublie pas l’importance de se muscler en parallèle : « c’est pendant cette préparation qu’on va le plus renforcer le corps, avec des charges plus fortes qu’en saison ».

Kevin Mahot résume : « la base physiologique, physique et mentale est à construire dans ces moments car il n’y a pas le temps durant la saison. Plus on se rapproche du camp de reprise, plus on axe le développement de la puissance et des spécificités du hockey-sur-glace. »

Retour sur la glace

En France, les patinoires sont souvent indisponibles en juillet, ce qui explique la reprise tardive des joueurs sur la glace. Certains joueurs, comme Nicolas Ritz, passent leur mois de juillet à Chamonix, dans l’une des patinoires disponibles de l’Hexagone. Et le retour sur la glace n’est pas toujours facile : « Cest dur de reprendre, sourit Ritz. Dès que tu arrêtes une semaine, tu ne te sens pas à ton niveau sur la glace au retour, tu as des muscles qui se rallument et ça peut tirer pendant quelques jours. » Finalement, il préfère vivre cette difficulté en amont de la reprise officielle avec son club.

Certains participent à des camps pour progresser. Pour Nicolas Ritz, adepte de ces camps plus jeune, c’est surtout un « moyen de retrouver la glace plus tôt« , mais il ne faut pas « qu’il soit trop éloigné de la reprise de la saison« . Kevin Mahot prévient « les camps d’été sont une bonne chose tant qu’ils sont pleinement intégrés et planifiés dans la préparation globale de l’athlète ».

Quentin Papillon vit un retour sur la glace un peu différent, lui qui entraîne lors de stage en juillet. Il en profite pour remonter sur la glace également : « Je revois plein de points. On fait un gros balayage technique, en mélangeant avec beaucoup de physique également. C’est important de réhabituer son corps car les efforts des gardiens sont assez spécifiques. »

Le retour sur la glace doit se faire avec précaution pour le spécialiste Kevin Mahot : « la charge sur les adducteurs est très spécifique au hockey-sur-glace, tu ne peux que patiner pour les ré-habituer.« . Pour lui, le plus important est de prendre du plaisir et de retrouver ses sensations sur les premiers jours.

« Quand tu fais deux mois de prépa dans les salles de muscu, tu as hâte de retrouver la glace pour retrouver la spécificité de ton sport » confirme Hugo Gallet. Même sans glace, il existe des solutions pour progresser techniquement. Hugo Gallet va par exemple s’entraîner à tirer sur les patinoires extérieurs de Finlande, qui n’ont pourtant plus de glace en été. Le joueur a d’ailleurs repris les entraînements sur glace début juillet, mais sans entraîneur. « En Finlande, il y a une règle qui fait que les entraîneurs n’ont pas le droit d’imposer des séances ni de diriger des entraînements avant six semaines avant le début du camp. »

Cette année, Jordann Perret a choisi de couper deux mois avec la glace, qu’il a hâte de retrouver. D’habitude, il remonte occasionnellement sur la glace de Villard-de-Lans pour jouer des Pizza Cup. « Je joue uniquement pour le plaisir sur cette période. Parfois, je fais des matchs avec des amis professionnels mais aussi avec des copains qui jouent à peine au hockey. »

Lancement du camp d’été en club

Après la préparation individuelle vient la préparation collective, avec le retour en club. Un moment clé dans une saison pour Nicolas Ritz : « En général les entraîneurs chargent le mois d’août pour qu’on souffre tous ensemble. C’est une période agréable car tu retrouves la vie de groupe, tu découvres tes nouveaux coéquipiers ou retrouves les anciens. C’est souvent au mois d’août que se construit un vrai collectif, à travers les team building et le fait de souffrir ensemble ».

La difficulté de la reprise est la même dans tous les clubs, à en lire Jordann Perret, qui a déjà repris à environ deux mois de la reprise du championnat tchèque mi-septembre: « Le programme est très lourd. Pendant le camp, on a de la glace tous les matins, puis une séance muscu, et une deuxième séance glace les mardis et jeudis !« .

S’il sait que le camp d’été s’annonce intense, Hugo Gallet a hâte de reprendre en Finlande : « J’ai hâte de retrouver la vie de groupe après plusieurs mois d’entraînement en solo. Le programme s’annonce dense, mais avec KalPa nous reprenons très vite le rythme de la saison, avec des entraînements le matin et des matchs rapidement.« . En effet, le club a programmé la reprise des entraînements le 3 août, avec un premier match dès le 7 « contre les copains Justin Addamo et Louis Boudon« .

Réussir son intersaison

Si chacun a ses propres habitudes durant l’intersaison, tout le monde se doit d’être prêt à la reprise du championnat. Mais, peu importe comment, qu’est-ce qui fait une intersaison réussie ?

« Cela varie avec l’âge. En début de carrière il faut beaucoup travailler pendant l’été, pour prendre du muscle et construire ton corps pour la suite, révèle Nicolas Ritz, 34 ans. Plus jeune j’avais 8 à 10 semaines de préparation intensive tous les jours. A mon âge, c’est plutôt prendre soin de mon corps et entretenir ce que j’ai déjà fait. »

« Arriver à se remettre d’aplomb physiquement et mentalement, et revenir avec de meilleures qualités physiques et techniques », répond Hugo Gallet, qui sait dès septembre s’il a réussi son été. « Ça se sent sur la récupération entre les matchs. » 

Quentin Papillon juge la réussite sur sa fraîcheur physique, mais aussi mentale. « Si tu reviens avec un surplus de motivation et l’envie de jouer des matchs car la glace te manque, c’est que ton été s’est bien passé. »

Pour Jordann Perret : « Il faut réussir à avoir assez de temps pour déconnecter mentalement et reposer ton physique, mais aussi assez de temps pour préparer ton corps à subir le camp d’entraînement. » Habitué de ces intersaisons plus courtes que les autres, le capitaine des Bleus en chérit la cause : « On a la chance de jouer pour l’équipe de France. Cela nous donne moins de vacances, mais on s’en passe volontiers pour le maillot bleu ! »

Kevin Mahot conclut : « Réussir son été, c’est réussir à récupérer ce qu’on a perdu ou altéré, sur tous les plans, pour paraphraser Stéphane Morin. »