CDF Finale. L’interview croisée de S.Treille et A.Rech
26 Jan 2026 16:44 / A LA UNE, ACTUALITÉS, COUPES DE FRANCE, COUPE DE FRANCE MASCULINE
Avant de vivre ensemble les Jeux Olympiques avec l’équipe de France, Sacha Treille et Anthony Rech s’affronteront en finale de Coupe de France dimanche 1er février à l’Accor Arena. Découvrez leur interview croisée.
Crédit photo : Xavier Lainé / FFHG
Ce mois de février s’annonce particulièrement chargée pour vous deux, avec d’abord la finale de Coupe de France qui oppose vos clubs respectifs puis les Jeux Olympiques avec l’équipe de France. Comment vous sentez-vous avant cet enchaînement intense ?
Anthony Rech – On est très excité ! Ce sont de belles échéances, d’abord avec notre club puis avec les Bleus. L’enchaînement va être intense. On est un peu dans un tourbillon, donc on ne s’en rend pas trop compte et c’est peut-être mieux comme ça. Ça faisait longtemps que Rouen n’a pas été en finale de Coupe de France donc tout le club est très content d’y être. Ça sera une belle fête et un bon match de hockey.
Sacha Treille – C’est un mois chargé en émotions avec deux beaux projets, aussi bien pour Toto que pour moi. Rouen – Grenoble est la finale que tout le monde attendait, ce sera un beau spectacle. Puis derrière on partira pour les Jeux Olympiques avec tout le groupe. Quand on avait reçu le message du staff national qui prévenait que les sélectionnés allaient regarder la finale ensemble, j’espérais bien être plutôt sur la glace ! On a eu la chance de pouvoir se qualifier et la jouer, c’est super.
Que représente la Coupe de France à vos yeux ?
S – On se répète chaque année mais c’est vraiment la fête du hockey français. Avec le gros tournoi des jeunes qui regroupent énormément d’enfants (ndlr : le Tournoi des Petites Crosses regroupent plus de 500 enfants), puis ce match à Paris devant presque 14 000 personnes, le moment est magique à vivre. Je suis très content d’en être acteur une fois de plus ! Ce sera un beau « glassico » comme on dit.
A – Ce sera une belle fête pour notre sport, comme chaque année. J’ai fait plusieurs finales et à chaque fois c’était génial, même si je n’ai pas que des bons souvenirs car j’en ai perdu plusieurs.
Sacha, même après quatre finales consécutives, tu as toujours la même joie d’y participer ?
S – Je ne suis jamais lassé, car chaque finale est unique. Je suis hyper content d’y être allé quatre fois car je sais à quel point c’est dur d’y accéder. Il suffit d’un trou sur un match pour sortir de la compétition. On est heureux de pouvoir se battre pour retrouver le succès, après avoir vu Angers gagner l’année passée contre nous. Ce n’est jamais simple de voir l’adversaire soulever un trophée, on espère une meilleure fin cette année.
Anthony, participer à cette finale était un objectif pour Rouen également ?
A – Ça fait longtemps que le club n’y est pas allé, cinq ans je crois. Et encore plus longtemps qu’ils n’ont pas gagné ! C’était en 2016.
S – Je sais, j’y étais (rires).
A – C’était l’année du triplé Continental Cup – Championnat- Coupe de France. Ça va être cool de revenir ici et de jouer devant 14 000 personnes. Il y a beaucoup de monde qu’on connaît dans les tribunes, entre la famille et les amis, cela rend aussi le match particulier. Maintenant il faut réussir à vivre le moment présent, ce qui est toujours un peu difficile. Je m’attends à un super match, avec deux grandes équipes. On joue à 15h00 donc la journée va être très courte !
Jouer devant autant de monde, ce n’est pas si régulier. Même pour vous qui êtes habitués aux Mondiaux…
S – Oui c’est une grande chance et c’est pour cela que le club de Grenoble en fait un objectif chaque année. C’est toujours un plaisir de voir autant de monde dans notre « petit » hockey français. Cette finale est une belle fenêtre de visibilité pour notre sport.
A – L’ambiance est décuplée. Quand on regarde les finales, on voit dans les émotions des joueurs qu’à chaque but il y a une énergie particulière. Les supporters se déplacent toujours en nombre et font du bruit. C’est génial à vivre.
Sacha Treille et Anthony Rech cette saison lors des Rouen – Grenoble (Crédit : Fabien Baldino et Stéphane Heude)
Les matchs entre Rouen et Grenoble sont toujours particuliers. Parlez-nous de cette rivalité.
S – C’est une rivalité historique, qui ne date pas de nous ! On devient ennemi pendant 60 minutes puis 10 minutes plus tard on redeviendra coéquipiers pour les Jeux Olympiques. Il n’y aura pas de cadeau sur 60 minutes, comme à chaque fois. En fonction du résultat, il y aura des gars qui brancheront… et d’autres qui se feront brancher (rires). À nous d’être du bon côté ! On a l’habitude.
A – Oui c’est le jeu ! Ce sera plus dur pour le perdant. Mais cette année nous n’aurons pas le temps de cogiter puisqu’on part direct à Milan. C’est le côté positif de voyager dès le lendemain. Les matchs contre Grenoble sont toujours agréables à jouer. Ce sont des duels de haute intensité, toujours dans le respect, entre les deux équipes qui gagnent le championnat depuis presque dix ans. Il y a toujours une ambiance particulière, la tension monte d’un cran… et en tant que joueur on adore ces matchs.
S – Si on voit plus loin, ce match est aussi une excellente préparation pour les JO. Avec Grenoble, nous avons la chance de jouer Bordeaux, Angers et Rouen avant de partir. C’est bien de pouvoir jouer de grosses équipes avant de jouer les meilleures nations de la planète, où le niveau sera encore bien au-dessus.
Comment se déroule les retrouvailles sur la glace entre amis ? On imagine beaucoup de chambrage.
A – En temps normal oui (rires), mais là sur une finale avec toute la tension ce sera moins le cas. On se doit de rester très concentré. On connaît les forces et faiblesses de l’autre, donc on sait sur quoi appuyer.
S – On oublie l’amitié le temps d’un match.
En 2008, Sacha gagne sa première Coupe de Fance avec Grenoble. Cette année-là, Anthony n’est encore qu’un joueur des équipes jeunes de Rouen. Quel regard avez-vous sur cette évolution ?
S – Je me sens très chanceux de pouvoir continuer à jouer à 38 ans, et notamment avec l’équipe de France. Si on m’avait dit que j’allais représenter mon pays aux JO à 38 ans, j’aurais signé tout de suite. Je suis très reconnaissant de cette chance. J’espère que ce sera une très belle aventure et qu’on réussira à faire un exploit, comme on a déjà réussi par le passé.
A – Je crois que j’étais dans les tribunes en 2008. Tu avais marqué, non ?
S – Oui !
A – J’y étais bien alors ! Jouer cette finale, c’était le graal pour moi à l’époque. Quand on regarde aussi loin, on se dit que le temps passe super vite. Il faut qu’on en profite un maximum. Quand tu débutes une carrière, tu ne sais pas quand tu vas retourner à Bercy. Cela fait 12 ans que je ne l’ai pas vécu !
L’équipe de Grenoble en 2008 (Crédit : Xavier Lainé / FFHG)
Quel souvenir gardes-tu de ta première Coupe de France remportée en 2011 ?
A – C’était cool ! En plus c’était aux tirs aux buts donc assez incroyable. J’avais perdu la finale d’avant donc c’était aussi une revanche sympa à prendre. Ce sont mes premiers « gros » matchs en tant que jeune, donc j’en garde un super souvenir.
Ton coach actuel, Carl Malette, était joueur à l’époque et il avait mis un triplé.
A – Il avait même mis le tir au but vainqueur. Il s’en vante un peu parfois… mais il a le droit (rires) !
L’équipe de Rouen en 2011 (Crédit : Fabien Baldino et Stéphane Heude)
Sacha, tu as quatre Coupe de France dans ton palmarès (2008, 2016, 2023, 2024). Quel souvenir gardes-tu de la seule remportée avec Rouen, en 2016 ?
S – C’était contre Grenoble en plus (rires). J’en garde d’excellents souvenirs. On joue au hockey pour vivre ce genre de moment et peu importe l’équipe avec laquelle tu joues, ce sont des souvenirs à vie. Nous avions fait une superbe année avec les Dragons de Rouen et notamment cette victoire finale. J’ai d’excellents souvenirs de mon passage là-bas. Toutes les finales que j’ai jouées ont une saveur particulière à mes yeux.
Les deux équipes ont six Coupes de France. Le gagnant deviendra le club le plus titré !
S – Je savais qu’on en avait six, mais je ne savais pas pour Rouen. Je l’apprends ! Effectivement, ça rajoute un peu de sel à la finale.
A – Si on gagne, se dire qu’on a placé le club devant l’autre sera un petit bonus. Mais au-delà du palmarès, on a surtout envie de se battre pour son public, ses coéquipiers et soi-même.
Vous vous rappelez de la dernière fois que vous vous êtes retrouvés ensemble à Bercy ?
A – Le Mondial 2017 ?
S – Oui, c’est ça.
Sacha Treille et Anthony Rech lors du Mondial 2017 (Crédit : Xavier Lainé / FFHG)
Racontez-nous ce Mondial à domicile.
A – J’ai plein de très bons souvenirs, on avait vraiment adoré l’atmosphère générale. Néanmoins j’en garde toujours un léger regret, car je pense qu’on aurait pu se qualifier pour les quarts de finale au vu de nos bonnes performances collectives. Collectivement je pense que c’est le meilleur Mondial auquel j’ai pris part.
S – Pareil pour moi. C’était presque le Mondial parfait, il nous manquait juste la qualification. On avait un super groupe et on a réussi à performer. Pour un pays comme le nôtre, c’était assez fou d’organiser un Mondial à la maison. La fédération avait travaillé dur pour obtenir ce Mondial et nous permettre de jouer à Paris. Tout était réuni pour qu’on fasse de belles choses et malheureusement on loupe la qualification à un point près.
A – La victoire face à la Finlande, quand on y repense c’était quand même incroyable…
Quel est votre programme après la finale ?
S – Pour les Grenoblois, on nous a réservé un petit endroit pour les familles, pour se retrouver après le match. S’il y a défaite, ça sera un peu plus sage (rires). On rejoindra ensuite le groupe France à l’hôtel avant de repartir dès lundi !
A – Peu importe l’issue de la finale, on part dès le lendemain avec l’équipe de France pour Milan. La soirée se décidera en fonction du match…
Les Jeux Olympiques, c’est l’événement d’une vie ?
S – Clairement. Je me suis battu depuis toujours pour les vivre. J’ai vécu quatre tournois de qualification olympique, avec à chaque fois des scénarios cruels, qui n’ont jamais tourné en notre faveur. C’est frustrant de ne pas s’être qualifié directement, mais quand on regarde le dernier passage des Bleus aux JO (ndlr : 2002), on est bien content de pouvoir représenter le hockey français à Milan. On espère que ce sera une belle prise d’expérience pour ceux de 2030, où l’on est qualifié d’office.
A – C’est une chance inouïe de les jouer. Sacha a raison. On en raté tellement de qualifications de peu… enfin ! Pour l’instant c’est difficile de se rendre compte de l’importance des Jeux Olympiques. Quand on mettra le pied dans le village olympique, ce sera forcément spécial. Je suppose que c’est différent d’un Mondial habituel, car cela dépasse largement le hockey. C’est dur à décrire tant qu’on ne l’a pas encore vécu.
S – On ne pourra poser des mots que quand on y sera ! Les anciens nous en parlaient comme quelque chose d’exceptionnelle mais nous on se dirige dans l’inconnu. Tout ce qu’on peut dire, c’est que c’est le rêve de tous les sportifs et qu’on aura la chance de le vivre.
A – Rien que de porter les vêtements avec les anneaux, comme tous les autres athlètes, ça doit être spécial. Tant que tu ne les as pas sur toi, tu n’y es pas encore ! La première fois que tu les enfiles, tu dois de trouver très beau (rires).
Ce sera aussi une grande vitrine pour le hockey français.
S – On va véhiculer l’image de notre sport. Après Paris 2024 mes enfants voulaient s’inscrire au tennis de table, cela montre l’impact direct des Jeux Olympiques ! Mais pour qu’il y ait un impact positif sur notre sport, je pense que cela passe par une performance collective.
A – Même niveau visibilité, c’est un grand gap avec les habitudes de diffusion du hockey en France. On passera à la télé en clair, sans besoin d’abonnement ni rien, donc il y aura davantage de téléspectateurs. On va toucher beaucoup plus de monde, en plus de tous les Hockeyeurs qui vont tous regarder la compétition. Cela va aider dans le développement de notre sport, c’est sûr. Maintenant, je suis d’accord avec Sacha, il faut que par nos performances, on donne envie aux gens de chausser les patins !
S – On va tout faire pour montrer les belles valeurs de notre équipe de France, mais aussi du hockey en général.

Les Bleus lors du TQO 2024 (Crédit : Xavier Lainé / FFHG)
Quels sont les objectifs de l’équipe de France durant ces Jeux Olympiques, où les Bleus vont affronter la Suisse, la République Tchèque et le Canada ?
S – Montrer notre plus beau visage et gagner du respect sur la scène internationale. On va rencontrer des équipes remplies de stars de NHL, donc on sera clairement l’outsider du groupe. Nous sommes friands de ces challenges où personne ne nous attend. C’est une chance de se comparer à ce qui se fait de mieux au monde. Peu importe l’issue des trois premières rencontres, nous aurons la chance de jouer un huitième de finale sur un match. Et à ce moment, je dis « pourquoi pas ? »
A – Clairement, pourquoi pas nous ? Nous voulons être fiers de nous et de ce qu’on a mis en place. On est des compétiteurs donc on espère faire un coup. Tout le monde peut se rater, comme tout le monde peut réussir. On va y aller avec la motivation gonflée à bloc, en équipe, et c’est comme ça qu’on aura une chance.
S – De toute façon, face à de telles équipes nous n’avons pas le droit de ne pas nous présenter. On sera à 400%. Que les autres nations soient prêtes ou non, ce n’est pas notre problème. Nous on le sera !
Que souhaitez-vous à l’autre pour la finale ?
S – On vient de t’expliquer qu’on est toujours ami pour l’instant. Donc je lui souhaite le meilleur…
A – Mais si tu poses la question dimanche à 15h00, ce ne sera pas la même réponse (rires) !
S – C’est exactement ça (rires).
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Suivez la finale ce dimanche 1er février en direct sur Hockeyfrance.tv et en différé à 16h30 sur La Chaîne L’equipe.






















