Equipe de France U20

PHILIPPE BOZON derriere le banc

 

Est-il encore nécessaire de présenter Philippe Bozon ? L'ancien attaquant international de Megève, âgé de 43 ans, a marqué l'histoire du hockey sur glace français en jouant d'abord dans les clubs du Mont-Blanc, de Grenoble et de Chamonix. Mais il fut surtout le premier joueur de l'hexagone à évoluer dans le circuit professionnel nord-américain de la NHL.

Après trois saisons passées avec les Blues de Saint-Louis, le célèbre numéro 36 s'est encore illustré en Suisse, en devenant l'un des renforts étrangers du club de Lausanne, de Lugano puis de Genève.

Il brilla aussi en Allemagne où il remporta le titre national à trois reprises sous les couleurs du club de Mannheim. Elu au Hall of Fame de l'IIHF en 2008, Philippe Bozon est entré également dans le temple de la renommée de la FFHG la même année.

Depuis le début de la saison, il a abandonné son poste d'entraîneur des jeunes du club du Servette de Genève pour succéder à Patrick Rolland à la tête de l'équipe de France juniors U20. C'est à ce titre que Philippe Bozon sera donc le coach des jeunes tricolores lors du Championnat du Monde qui aura lieu en France du 14 au 20 décembre prochain.

 

 

Maintenant que vous dirigez l'équipe de France juniors des moins de vingt ans, quelle est votre vision par rapport à votre récente carrière d'entraîneur en Suisse ?

P.B. : Avec une équipe nationale, le rythme est différent car à Genève je m'occupais des jeunes tous les jours. Avec les juniors tricolores, je pars donc un peu dans l'inconnu. D'autant que, pour moi, ces hockeyeurs sont nouveaux et lors des stages de préparation nous n'avons pas eu la possibilité de les voir tous en même temps. Ceci dit, depuis le mois d'août, nous avons fait un passage en revue assez large pour essayer de resserrer au maximum les mailles du filet.
Pour moi, la tâche n'est pas facile car je n'étais plus en France depuis longtemps, c'est donc une découverte. Et puis, comme vous le savez, de plus en plus de jeunes espoirs français jouent à l'étranger que ce soit en Finlande, au Canada et en Suisse notamment. Pour ceux qui sont en Suisse, je les connais bien car ils sont tous issus de l'école de Genève.

 

 

Avec la grande expérience que vous avez acquise tout au long de votre carrière, que pensez-vous transmettre aux jeunes internationaux français ?

P.B. : Mon discours est celui de la direction technique nationale de la FFHG, à savoir que le sport de haut niveau nécessite d'offrir à ces jeunes hockeyeurs, qui sont l'avenir de notre discipline, le plus de professionnalisme possible, mais aussi de leur fournir plus de moyens pour s'exprimer pleinement sur la glace. Notre but est également de leur apprendre une certaine éthique et un comportement général qui soit exemplaire.

 

 

Vous avez été dirigé par un grand nombre d'entraîneurs au cours de votre longue carrière. Quels sont les coaches qui vous ont le plus marqué ?

P.B. : J'ai eu des coaches avec des cultures très différentes qui sont à mon avis complémentaires. J'ai été formé à l'école nord-américaine et canadienne qui met surtout en valeur l'esprit de la gagne et du coaching. Mais j'ai été également formé par l'école scandinave notamment avec le Suédois Kjell Larsson qui portait surtout ses efforts sur les entraînements et la tactique. Ce mélange est à mon avis idéal et je n'ai donc pas de préférence particulière pour l'une ou l'autre de ces écoles. Aucun nom n'est plus en avant dans mon esprit.

 

 

D'après vous, que manque-t-il aux hockeyeurs français pour s'imposer d'avantage sur la scène internationale ?

P.B. : Tout simplement de jouer plus régulièrement dans le haut niveau. Avec les  règlements qui limitent la masse salariale, la règle des JFL (joueurs formés localement) et aussi les difficultés économiques, de plus en plus de jeunes espoirs ont la chance d'évoluer dans la Ligue Magnus. Sur le plan technique, je pense que notre plus grande lacune se trouve dans le jeu sans palet. Dans ce domaine, nos joueurs ont encore une grande marge de progression. Ce problème remonte à loin car ce n'est pas dans notre culture. C'est cette lacune que nous essayons de corriger dans l'équipe de France.

 

 

Lors des Championnats du monde juniors U20 de la Division 1 qui vont avoir lieu en Haute-Savoie, quel pays redoutez-vous le plus ?

P.B. : L'an passé, chez elle à Herisau, la Suisse a été promue dans l'élite mondiale, elle n'est donc plus là. Mais on récupère l'Allemagne qui vient de battre largement la Suisse lors d'un match de préparation 6-3. Les juniors allemands sont donc proches du plus haut niveau et ils seront donc les grands favoris. Pour ma part, je souhaite mettre en place plutôt une attitude générale qui consiste à jouer chaque match à fond mais, pour être franc, je ne me focalise pas trop sur le résultat brut. On verra bien ce qui se passera...

 

 

Vous nous avez parlé des lacunes de l'équipe de France juniors, mais quels sont ses points forts ?

P.B. : Sans hésitation, je dirais ses gardiens de buts. Ils ont été incontestablement le point le plus positif lors des stages de préparation. Je pense au gardien remplaçant de Grenoble Sébastien Raibon et au gardien de Caen Fouquerel. Ils sont assez solides et on peut se fier à eux. Ceci dit, il y a eu beaucoup de blessures et j'espère que lors de ce tournoi mondial, l'effectif sera enfin au complet pour pouvoir juger de son véritable potentiel sur la scène internationale.

 

 

Après la brillante carrière que vous avez fait, notamment dans la NHL, êtes-vous conscient de l'image très forte que vous avez auprès des jeunes joueurs français ? Comment gérez-vous ce phénomène ?

P.B. : C'est vrai que je ressens ma réputation dans mes rapports avec certains joueurs. Mais il ne faut pas exagérer, je ne suis pas Wayne Gretzky ! Et puis, vous savez, nos jeunes d'aujourd'hui ont beaucoup d'autres centres d'intérêt que le hockey. Ceci dit, c'est vrai qu'avec mon nom, le message passe peut-être un peu mieux, ils sont d'avantage à l'écoute. 

C'est la première fois qu'un hockeyeur français aussi réputé dirige une équipe nationale. En êtes vous conscient ?

P.B. : C'est vrai que j'ai arrêté ma carrière il y a peu de temps, ce qui donne à ma nomination un caractère exceptionnel. Mais dans le passé, je vous rappelle qu'il y a déjà eu plusieurs internationaux français célèbres qui ont été également coaches des équipes de France juniors comme Daniel Grando, Alain Vinard, Patrick Francheterre, Jean-Claude Sozzi, Pierre Pousse et, bien sûr, mon père Alain Bozon. Le fait que je suis le seul à avoir eu la chance de jouer dans la NHL me donne sans doute une plus grande importance mais aussi parce que ma nomination est venue plus rapidement après mon retrait. C'est plus frais.

 

 

Pour terminer, quel est votre objectif lors du premier Championnat du monde juniors auquel vous allez participer en tant que coach des Tricolores ?

P.B. : Comme je l'ai déjà dit, pour moi l'objectif prioritaire n'est pas la victoire car l'Allemagne sera le grand favori. Ce que je voudrais, c'est que nos joueurs se donnent à fond, qu'ils se défoncent sur la glace. Après on verra match par match car, comme vous le savez, j'ai un caractère de compétiteur. J'espère pouvoir transmettre ma hargne à mon équipe.